Face aux tensions commerciales mondiales, l’Afrique mise sur l’intégration régionale
Face aux tensions commerciales mondiales, l’Afrique mise sur l’intégration régionale

Alors que les guerres commerciales et les politiques tarifaires protectionnistes se multiplient à l’échelle mondiale, de nombreux pays africains choisissent de recentrer leur stratégie économique sur le continent. Face à ce qu’ils perçoivent comme une marginalisation croissante dans l’ordre commercial international, les dirigeants africains appellent à une intensification du commerce intra-africain et à une réduction de leur dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs.

« Nous sommes livrés à nous-mêmes », résume un haut responsable du commerce africain cité par Reuters. Cette prise de conscience alimente un nouvel élan politique en faveur de l’Accord de libre-échange continental africain (ZLECAf), une initiative ambitieuse ratifiée par 49 pays, mais que seulement 24 mettent effectivement en œuvre à ce jour.

La lente mise en œuvre de cet accord s’explique en partie par un déficit d’infrastructures estimé à 100 milliards de dollars, qui empêche les économies africaines de commercer efficacement entre elles. Routes, ports, chemins de fer et plateformes logistiques manquent cruellement pour soutenir des chaînes d’approvisionnement régionales solides. « Ce n’est pas que la volonté manque, mais les moyens restent limités », explique un expert en logistique basé à Nairobi.

Outre les défis logistiques, plusieurs responsables africains plaident pour une dédollarisation progressive du commerce régional. Des voix s’élèvent pour promouvoir les paiements en monnaies locales, une idée qui fait son chemin dans un contexte de volatilité du dollar américain et de pressions inflationnistes liées aux tarifs internationaux. Certains gouvernements ont d’ailleurs commencé à explorer des systèmes de règlement alternatifs pour contourner les coûts de change.

La fragilité de la place de l’Afrique dans le commerce mondial est apparue de manière plus aiguë ces derniers mois, alors que les États-Unis, la Chine et l’Europe ont intensifié leurs guerres tarifaires. Les pays africains, souvent considérés comme périphériques dans ces batailles, en subissent pourtant les contrecoups, notamment à travers la fluctuation des prix des matières premières, le repli des investissements directs étrangers et la hausse des coûts d’importation.

Malgré les obstacles, les dirigeants africains affichent une volonté renouvelée de coopérer pour faire émerger une économie continentale plus résiliente. La Tanzanie, par exemple, a récemment inauguré un pont de 3,2 kilomètres à Mwanza, financé à hauteur de 300 millions de dollars, qui illustre les investissements en infrastructures nécessaires à une intégration régionale réussie. Le défi reste immense, mais l’heure semble venue pour l’Afrique de miser davantage sur ses propres forces.

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