Coup de théâtre au tribunal correctionnel de Marseille. Alors que 22 prévenus sont jugés depuis le 30 janvier pour un vaste trafic d’armes entre la Corse, la Suisse et la Sardaigne, une cache longtemps introuvable a été découverte le 13 février dans une cave d’immeuble à Propriano, en Corse-du-Sud. Lundi matin, à l’ouverture de l’audience, l’un des accusés a revendiqué la propriété de cet arsenal, relançant brutalement les débats.
La perquisition, menée quelques jours plus tôt, a permis la saisie de 18 kilos d’explosifs civils et militaires, 67 détonateurs, une quarantaine de grenades, des milliers de mètres de mèches ainsi que 20 armes à feu, dont 11 armes d’épaule, deux fusils de guerre, quatre armes de poing, un pistolet-mitrailleur et deux fusils à pompe. L’ampleur de la découverte a nécessité l’intervention des démineurs et la sécurisation du quartier.
Au regard de la nature du matériel saisi, la juridiction interrégionale spécialisée de Marseille s’est immédiatement saisie du dossier. Le propriétaire de la cave, un homme d’une soixantaine d’années, a été mis en examen pour dépôt d’armes, d’explosifs, détention d’armes de guerre et association de malfaiteurs en vue de commettre un crime. Il a été placé sous contrôle judiciaire avec des obligations strictes.
Un dossier qui bouscule le procès en cours
La situation a pris une tournure inattendue lorsque le fils du propriétaire, jugé dans le cadre du procès marseillais, a affirmé à la barre être l’utilisateur de la cache. Il a soutenu que cet arsenal faisait partie intégrante du dossier examiné depuis plusieurs semaines. Ses avocats ont immédiatement demandé un supplément d’information et le renvoi du procès, estimant que la découverte modifiait profondément l’équilibre des charges.
Le ministère public s’est opposé fermement à cette demande. Selon l’accusation, les deux procédures ne seraient pas directement liées. Le tribunal a décidé de joindre l’incident au fond, ce qui signifie que la question sera tranchée au moment du jugement, sans interrompre les débats. Le procès se poursuit donc, et le parquet a déjà requis des peines allant d’un an d’emprisonnement ferme à dix ans de prison contre les prévenus.
De son côté, la défense du propriétaire de la cave affirme que ce dernier ignorait tout de l’existence de l’arsenal entreposé dans son bien. Ses avocats estiment que la décision de ne pas le placer en détention provisoire traduit l’absence d’éléments démontrant son implication directe. Cette découverte en plein procès vient renforcer l’impression d’un trafic structuré et potentiellement plus vaste que ce qui apparaissait initialement. La présence d’explosifs en quantité significative et d’armes de guerre interroge sur la destination finale de ce matériel. Reste à savoir si la justice considérera cet arsenal comme un simple élément périphérique ou comme une pièce centrale du dossier examiné à Marseille.