La procédure s’achève sur une décision qui referme, au moins pénalement, un dossier suivi de près dans le monde universitaire lillois. Mercredi 18 février, le tribunal de Lille a prononcé la relaxe de l’ensemble des prévenus renvoyés devant lui pour leur éventuelle responsabilité dans la mort de Simon Guermonprez, étudiant en médecine décédé en juillet 2021 après une soirée d’intégration. Étaient poursuivis trois anciens étudiants accusés d’avoir organisé l’événement, le conducteur du poids lourd impliqué dans l’accident et l’université de Lille, citée au titre de son rôle d’encadrement.
À l’audience, il s’agissait de déterminer si la soirée pouvait être qualifiée de bizutage et si des enchaînements d’imprudences, d’omissions ou de manquements avaient contribué au drame. Les prévenus étaient jugés notamment pour bizutage et homicide involontaire. Le parquet avait, lors des débats de janvier, requis une relaxe générale. Le tribunal a suivi ces réquisitions, considérant que les éléments apportés ne permettaient pas d’établir une responsabilité pénale.
Dans les heures qui ont suivi le jugement, la famille de la victime a fait connaître son incompréhension. Le père de Simon Guermonprez a confié à la presse que la décision ne lui paraissait pas cohérente au regard du cheminement qui a conduit son fils à la mort, et de l’environnement dans lequel la soirée s’était tenue.
Une nuit d’intégration devenue affaire judiciaire
Les faits remontent au 8 juillet 2021. Simon Guermonprez, récemment admis en deuxième année de médecine, participe à une soirée d’intégration organisée par des étudiants alors en troisième année. L’enquête s’est ensuite attachée à reconstituer ce qui s’est déroulé, l’ampleur de la consommation d’alcool, les éventuelles pressions de groupe et la façon dont l’étudiant a été raccompagné. Selon les éléments versés au dossier, un VTC l’a déposé au domicile de ses parents, dans la métropole lilloise, au terme de la soirée.
La chronologie connue se fragmente ensuite en hypothèses examinées par les enquêteurs. Simon Guermonprez aurait quitté le domicile, puis rejoint un pont autoroutier. Il aurait cherché à prendre une photo de lui, avant de se retrouver au-dessus des voies. Toujours d’après l’enquête, un téléphone aurait chuté sur la chaussée et l’étudiant aurait pu tenter de le récupérer. C’est à ce moment qu’un poids lourd circulant en contrebas l’a mortellement percuté. Le conducteur a été mis en cause dans la procédure, mais les débats ont conclu à l’absence de faute caractérisée, l’audience ayant établi qu’aucune négligence ou imprudence n’était retenue contre lui.
La décision rendue le 18 février acte également l’absence de qualification pénale de bizutage pour cette soirée. Le tribunal a estimé que les critères permettant de retenir l’infraction n’étaient pas réunis, ce qui a conduit à écarter, par ricochet, les responsabilités supposées des organisateurs.
Le débat sur la responsabilité collective
Au-delà du strict périmètre judiciaire, l’affaire a nourri un débat sur l’encadrement des soirées d’intégration et la place des institutions face à des pratiques parfois tolérées, parfois combattues. Dans ce dossier, la famille de l’étudiant décédé a notamment pointé la responsabilité de l’université. Un rapport de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche, évoqué au fil de la procédure, décrivait une forme de passivité institutionnelle à propos de ces événements, ce qui alimentait l’idée d’un climat propice aux débordements, même lorsque ceux-ci ne sont pas formellement organisés par l’établissement.
La relaxe de l’université, comme celle des trois organisateurs, souligne toutefois la frontière entre le constat d’un contexte et la démonstration d’un lien direct de causalité pénale. En l’état, le tribunal a jugé que cette chaîne ne pouvait être établie avec la certitude exigée. Reste, pour les proches, le sentiment d’un dossier refermé sans responsable, malgré une mort brutale survenue au terme d’une nuit censée marquer une entrée dans les études de santé. La décision, rendue publique le 18 février, laisse désormais la place à d’éventuelles suites civiles ou administratives, si la famille choisit de poursuivre le combat sur un autre terrain.