Les filles de Boualem Sansal brisent le silence : l’écrivain, détenu à Alger, otage d’un bras de fer entre Paris et Alger
 Les filles de Boualem Sansal brisent le silence : l’écrivain, détenu à Alger, otage d’un bras de fer entre Paris et Alger

Depuis six mois, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal est détenu en Algérie dans des conditions opaques, sans accès consulaire ni communication directe avec ses proches. Arrêté à l’aéroport d’Alger en novembre 2024 et condamné en mars dernier à cinq ans de prison, il incarne désormais bien plus qu’un simple opposant : un symbole de la crise diplomatique profonde entre la France et l’Algérie. Face à ce silence imposé, ses deux filles, Nawal et Sabeha, ont pris la parole depuis Prague, où elles vivent, pour alerter sur la situation de leur père.

Une détention opaque, un père injoignable

Coupé du monde depuis novembre, Boualem Sansal est selon ses proches détenu sous surveillance constante, avec un accès très limité aux soins malgré un cancer de la prostate. Sa femme serait la seule autorisée à lui rendre visite, mais même elle reste silencieuse, probablement sous pression. Ses filles, elles, n’ont reçu aucune nouvelle directe depuis 2023. « Dieu seul sait dans quel état mental il se trouve », déplore Nawal. Lorsqu’elles ont reçu pour lui un prix pour la liberté d’expression au Salon du livre de Prague, l’émotion était mêlée à la colère. « C’est triste d’en être là. Il est puni pour avoir pensé librement », confiait-elle à l’AFP.

Confrontées à un mur diplomatique, les deux sœurs ont écrit au président Emmanuel Macron et à Abdelmadjid Tebboune, sans réponse. Nawal a même consulté ChatGPT pour chercher comment obtenir de l’aide, preuve d’un désarroi total. Elles envisagent aujourd’hui de se tourner vers Amnesty International pour tenter de sortir leur père de cet enfermement arbitraire.

« Une monnaie d’échange » dans une crise politique figée

La situation de Boualem Sansal dépasse le cas individuel. En Algérie, sa condamnation pour « atteinte à l’intégrité du territoire » repose sur une prise de position supposée en faveur du Maroc sur la question du tracé des frontières coloniales. Pour ses filles, l’écrivain paie surtout le prix d’un contexte diplomatique gelé. « Mon père est un pion, une monnaie d’échange », avance Nawal, suggérant que le régime chercherait à monnayer sa libération contre celle de détenus islamistes en France.

Athée, critique d’un pouvoir qu’il juge figé et autoritaire, Boualem Sansal est une figure rare, respectée pour son intégrité et son courage. À 80 ans, il semble aujourd’hui subir l’exact inverse des idéaux qu’il a défendus toute sa vie. Ses filles, bien qu’éloignées, s’efforcent de maintenir sa voix vivante. « C’est un vrai patriote », assure Sabeha. Et si l’écrivain est muselé, ce sont désormais ses filles qui portent son combat, depuis l’étranger, à la lumière du monde.

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