Gaza - l’aide française accoste en Égypte, mais reste bloquée aux portes de l’enclave
Gaza - l’aide française accoste en Égypte, mais reste bloquée aux portes de l’enclave

Un navire affrété depuis la France a atteint les côtes égyptiennes, sans pour autant garantir une arrivée rapide de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza. Mercredi 4 février, un porte-conteneurs chargé de près de 400 tonnes de denrées alimentaires a accosté au port de Port-Saïd, au nord de l’Égypte, après plus de deux semaines de navigation depuis Le Havre. Une opération logistique présentée comme essentielle, alors même que l’accès à Gaza demeure sévèrement restreint.

Le gouvernorat de Port-Saïd a confirmé l’arrivée du navire en présence de plusieurs représentants internationaux, dont le directeur régional du Programme alimentaire mondial et l’ambassadeur de France en Égypte. Le bâtiment transporte 21 conteneurs contenant environ 25 500 cartons de produits alimentaires destinés à soutenir près de 42 000 enfants palestiniens, selon les autorités locales. L’aide est principalement orientée vers la nutrition infantile et vise les enfants de moins de cinq ans, pour une période estimée à cinq mois.

Une aide humanitaire sous contrôle étroit

Si l’arrivée de cette cargaison est saluée par les organisations internationales, son acheminement jusqu’à Gaza reste incertain. Comme la majorité de l’aide internationale destinée à l’enclave palestinienne, les convois transitent par les ports égyptiens de Port-Saïd ou d’al-Arich, avant d’emprunter le passage de Rafah, seul point de sortie de Gaza ne dépendant pas directement d’Israël. Or ce point de passage n’est rouvert que de manière très limitée.

Depuis le début de la semaine, Rafah fonctionne au compte-goutte. Les autorités israéliennes, qui avaient fermé le point de passage en mai 2024, n’ont toujours pas donné leur accord pour une ouverture totale permettant une entrée massive de l’aide humanitaire. Seules quelques dizaines de personnes par jour sont autorisées à franchir la frontière, principalement des malades ou des blessés évacués vers l’Égypte, accompagnés de leurs proches, ainsi que des habitants autorisés à rentrer après des soins médicaux.

Dans ce contexte, aucune date précise n’a été communiquée quant à l’entrée effective des denrées françaises dans Gaza. Le Programme alimentaire mondial a néanmoins qualifié la contribution française d’« essentielle », soulignant l’ampleur des besoins humanitaires persistants sur le territoire.

Un cessez-le-feu fragile et une situation humanitaire toujours critique

Malgré l’accord de cessez-le-feu en vigueur depuis octobre entre Israël et le Hamas, la situation reste extrêmement tendue. Les deux camps s’accusent quotidiennement de violations de l’accord. Mercredi encore, des frappes israéliennes auraient fait 21 morts dans la bande de Gaza, selon le ministère de la Santé contrôlé par le Hamas.

Les chiffres cumulés depuis le début du cessez-le-feu témoignent d’une violence persistante. D’après les autorités locales, plus de 550 Palestiniens auraient été tués depuis octobre, tandis que l’armée israélienne a reconnu la mort de quatre de ses soldats sur la même période.

Sur le plan humanitaire, les Nations unies ont récemment estimé que la famine, officiellement déclarée en 2024, n’était plus en cours à Gaza. Le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire, organisme onusien basé à Rome, a toutefois mis en garde contre des niveaux toujours très élevés d’insécurité alimentaire, notamment chez les populations les plus vulnérables.

Une aide symbolique face à l’ampleur des besoins

L’arrivée des 400 tonnes d’aide française en Égypte illustre à la fois la mobilisation internationale et les limites structurelles de l’acheminement humanitaire vers Gaza. Si cette cargaison peut répondre aux besoins nutritionnels de dizaines de milliers d’enfants, elle reste conditionnée à des décisions politiques et sécuritaires qui échappent aux seuls acteurs humanitaires.

En l’absence d’une ouverture durable et élargie du passage de Rafah, les ports égyptiens continuent de servir de zones de stockage temporaires, accumulant des cargaisons dont l’entrée dans Gaza dépend d’autorisations ponctuelles. Une situation qui entretient l’incertitude, alors même que la population civile reste exposée à une crise humanitaire profonde, malgré l’arrêt officiel des combats.

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