La proportion d’enfants ne partant pas en vacances pour des raisons financières repart à la hausse. Selon une étude publiée par l’Insee, 11,2 pour cent des jeunes de moins de 16 ans n’ont pas pu s’offrir une semaine hors du domicile en 2024, contre 10,6 pour cent trois ans plus tôt. Après une décennie de baisse continue entre 2009 et 2014, cet indicateur marque désormais une stagnation, voire une dégradation, dans un contexte encore marqué par l’inflation de 2022 et 2023.
Un quotidien fragilisé par les privations matérielles
Au-delà des vacances, d’autres signes de précarité pèsent davantage sur les enfants. L’étude note une hausse du nombre de jeunes n’ayant pas accès à des vêtements neufs, à une paire de chaussures de rechange ou à certains aliments essentiels comme la viande, le poisson, les fruits ou les légumes. Près de 2,5 pour cent des moins de 16 ans n’ont pas un apport alimentaire quotidien suffisant en produits frais, un phénomène qui progresse au même rythme que la contrainte budgétaire des ménages. Les difficultés liées au logement se renforcent également. En 2024, 11 pour cent des mineurs vivaient dans un foyer incapable de chauffer correctement son habitation, un taux quasiment doublé depuis 2021. Le règlement des factures devient aussi plus compliqué, touchant désormais près de 17 pour cent des enfants via les difficultés rencontrées par leurs parents.
Près d’un million d’enfants touchés par plusieurs formes de privation
Au total, 935 000 enfants sont en situation de privation matérielle spécifique, cumulant au moins trois des quinze critères définis par l’Insee. Pour beaucoup de familles, les sacrifices sont permanents : si 11,2 pour cent des enfants sont privés de vacances, 20,4 pour cent des adultes y renoncent également, souvent pour permettre à leurs enfants de partir malgré tout. L’enquête souligne aussi des disparités marquées selon le type de ménage. Les familles monoparentales ou nombreuses sont les plus touchées, tout comme les ménages aux revenus modestes ou dépendants d’emplois peu qualifiés. Les enfants vivant dans un logement en location, notamment dans le parc social, restent jusqu’à six fois plus exposés à la privation que ceux dont les parents sont propriétaires. Ces chiffres confirment une tendance inquiétante : après une longue période d’amélioration, les conditions de vie des enfants se dégradent à nouveau, sous l’effet combiné de la hausse des prix, de l’énergie et d’un pouvoir d’achat en berne.