À l’approche de l’ouverture du Salon international de l’agriculture, présenté par l’exécutif comme une étape structurante vers une future loi d’urgence agricole, le syndicat Jeunes Agriculteurs hausse le ton. Pour l’organisation, le calendrier parlementaire annoncé, avec un passage au Sénat en juin, ne saurait se limiter à des déclarations d’intention. Elle exige que la première pierre du texte soit clairement posée : organiser la planification de l’agriculture française face au dérèglement climatique.
L’enjeu dépasse la simple adaptation technique. Selon le syndicat, il s’agit de garantir la pérennité d’exploitations déjà fragilisées par les aléas météorologiques, les tensions économiques et la concurrence européenne. L’agriculture française, et plus encore les jeunes installés, ne peuvent rester dans l’attente de dispositifs épars ou expérimentaux. Ils demandent un cadre structuré, lisible, inscrit noir sur blanc dans la loi.
Un article 1 pour structurer l’adaptation
Jeunes Agriculteurs souhaite l’ajout d’un article inaugural consacrant des « plans et contrats d’avenir ». Cette proposition, reprise publiquement par le Premier ministre Sébastien Lecornu lors d’un déplacement en Eure-et-Loir en janvier, reste selon eux sans traduction concrète. L’organisation estime qu’un texte qualifié d’« urgence » doit commencer par donner un cap stratégique, avec des outils contractuels permettant aux exploitations d’anticiper les évolutions climatiques, d’investir et de sécuriser leurs productions.
Au-delà de l’affichage politique, le syndicat attend une véritable politique d’adaptation. L’objectif consiste à permettre aux exploitations de rester productives et compétitives tout en intégrant les contraintes environnementales croissantes. Le climat est présenté comme la priorité absolue, mais une priorité qui suppose des moyens, des engagements et une visibilité pluriannuelle.
La question de l’eau s’impose également comme un point central. Gestion quantitative, qualité de la ressource, gouvernance locale et nationale, tout doit être repensé. Jeunes Agriculteurs affirme avoir transmis des propositions précises aux services du Premier ministre et au délégué interministériel chargé de l’eau en agriculture. L’organisation attend désormais que ces pistes soient reprises et intégrées dans le projet de loi afin de garantir aux agriculteurs les capacités nécessaires pour produire dans un contexte de raréfaction et de tensions accrues.
Prédation et concurrence européenne dans le viseur
Le syndicat ne limite pas ses revendications au climat. Il réclame un cadre renforcé contre la prédation, avec une facilitation des tirs autorisés, une indemnisation intégrale et sans condition des dégâts, ainsi qu’une gestion différenciée selon les espèces, qu’il s’agisse du loup, de l’ours ou du vautour. Les récentes annonces de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard sont jugées encourageantes, mais considérées comme insuffisantes si elles ne trouvent pas une traduction législative robuste.
En toile de fond, Jeunes Agriculteurs alerte sur la compétitivité. Le syndicat insiste sur la nécessité d’éviter toute surtransposition des normes européennes qui viendrait pénaliser les producteurs français face à leurs voisins. L’organisation affirme qu’il serait incohérent de demander des efforts massifs d’adaptation tout en alourdissant les contraintes administratives ou réglementaires.
Durant les neuf jours du Salon international de l’agriculture, les représentants du syndicat entendent porter ces revendications auprès des décideurs politiques. Trois axes guideront leurs prises de parole : la planification climatique, les enjeux liés aux prochaines élections municipales et la future programmation de la politique agricole commune. Pour eux, une loi d’urgence qui ne placerait pas la planification agricole au premier rang manquerait sa cible et laisserait les jeunes exploitants seuls face aux bouleversements annoncés.