Depuis longtemps, les médecins s’appuient sur les mêmes indicateurs pour évaluer l’état d’un patient, de la fréquence cardiaque à la pression artérielle. Une nouvelle technologie pourrait y ajouter un paramètre jusqu’ici négligé, l’épaisseur du sang. La viscosité sanguine joue pourtant un rôle essentiel dans la circulation et serait liée à plusieurs des principales causes de mortalité, dont les maladies cardiovasculaires, les cancers et certains accidents vasculaires cérébraux. Un sang trop épais oblige le cœur à fournir des efforts supplémentaires et augmente le risque de formation de caillots ou de lésions tissulaires. Malgré son importance, elle restait difficile à mesurer sans prélèvement, ce qui limitait son utilisation en pratique clinique.
Une technologie non invasive pour mesurer l’épaisseur du sang
Un dispositif inédit a été mis au point pour mesurer la viscosité sanguine en temps réel et sans prise de sang. L’appareil utilise des ultrasons pour faire vibrer le sang à l’aide d’une onde sonore continue et analyser sa réaction. Un algorithme traite ensuite la propagation du son dans le corps afin de déterminer simultanément la densité et la viscosité du sang. Cette méthode repose sur des calculs avancés de traitement du signal et représente une rupture avec les techniques classiques qui nécessitent des échantillons prélevés, ce qui peut modifier les propriétés naturelles du sang. Mesurer la viscosité directement dans le corps permet au contraire d’observer son comportement réel, comme un fluide vivant dont la dynamique change selon l’état de santé.
Un potentiel clinique majeur pour de nombreuses pathologies
Cette innovation pourrait transformer la prise en charge de maladies où la viscosité sanguine constitue un enjeu central, comme la drépanocytose. Dans cette pathologie, des globules rouges déformés épaississent le sang et mettent en danger plusieurs organes. Une surveillance continue permettrait d’adapter transfusions ou traitements en fonction des variations réelles plutôt que selon un calendrier fixe. Les essais cliniques restent à venir, mais l’objectif est ambitieux, faire de la viscosité sanguine un signe vital standard au même titre que la température ou le taux d’oxygène. La technologie repose surtout sur un logiciel pouvant fonctionner avec du matériel accessible, ouvrant la voie à des appareils portables, voire à des dispositifs intégrés aux futures technologies de santé. Les chercheurs y voient une nouvelle manière de comprendre la circulation et l’évolution des maladies, grâce à une observation continue et non invasive du sang dans son milieu naturel.