Après près d’une décennie de relative maîtrise, la consommation d’antibiotiques en France connaît une augmentation préoccupante. En 2024, les prescriptions et délivrances en ville ont progressé de 5,4 %, selon les dernières données publiées par Santé publique France. Le nombre de doses journalières délivrées en officines s’est établi à 22,1 pour 1 000 habitants, contre 20,9 en 2023, soit un retour aux niveaux d’avant la pandémie de Covid-19. Cette dynamique interrompt la tendance à la baisse observée entre 2016 et 2019, avant qu’elle ne soit perturbée par la crise sanitaire.
Des prescripteurs en première ligne
Cette hausse concerne principalement les prescriptions en ville, en particulier chez les médecins généralistes, dont l’activité en matière d’antibiotiques a progressé de 6,2 %. Les spécialistes sont restés plus stables avec une hausse de 1,5 %, tandis que les chirurgiens-dentistes enregistrent une légère baisse de 0,2 %. En 2024, en moyenne, chaque Français a reçu 0,86 prescription d’antibiotiques, en dehors des traitements hospitaliers. Au total, 27,2 millions de personnes ont été concernées, soit environ 40 % de la population française.
Un signal d’alerte pour la stratégie nationale
Si l’hypothèse d’une hausse ponctuelle liée à des épisodes épidémiques saisonniers n’est pas exclue, l’agence sanitaire alerte sur un possible renversement de tendance. Une augmentation durable remettrait en cause les efforts entrepris depuis plusieurs années pour limiter l’usage des antibiotiques. L’objectif de 650 prescriptions pour 1 000 habitants à l’horizon 2027, fixé par la Stratégie nationale de prévention des infections et de l’antibiorésistance, semble désormais hors d’atteinte, alors que le niveau observé en 2024 dépasse encore les 860 prescriptions pour 1 000 habitants.
La France parmi les plus gros consommateurs européens
Ce rebond replace la France parmi les pays européens les plus consommateurs d’antibiotiques, occupant la deuxième place derrière la Grèce. Ce classement souligne la difficulté française à contenir l’usage excessif de ces traitements. Caroline Semaille, directrice générale de Santé publique France, insiste sur l’urgence à renforcer la sensibilisation des patients et des prescripteurs. Elle rappelle que les antibiotiques n’ont aucun effet sur les infections d’origine virale et que le respect strict de la durée des traitements est essentiel pour limiter l’apparition de bactéries résistantes.
Un enjeu mondial de santé publique
L’alerte ne concerne pas que la France. L’Organisation mondiale de la santé a signalé en octobre que la résistance bactérienne augmente de 5 à 15 % par an dans de nombreuses régions du monde. Ce phénomène, directement lié à une surconsommation d’antibiotiques, est responsable de plus d’un million de décès annuels. Face à cette menace, Santé publique France appelle à un usage raisonné et médicalement justifié des traitements antibiotiques, afin d’en préserver l’efficacité pour les générations futures.