Dépistage du cancer du sein : des insuffisances pointées par la Cour des comptes
Dépistage du cancer du sein : des insuffisances pointées par la Cour des comptes

La Cour des comptes épingle, dans un rapport présenté ce mercredi 28 janvier, les « aberrations » du dépistage et de la prise en charge du cancer du sein, première cause de mortalité par cancer chez les femmes en France. Les magistrats pointent un système à deux vitesses, où moins d’une femme sur deux participe au dépistage organisé gratuit, notamment à cause de délais parfois supérieurs à un an dans certains territoires.

Selon la Cour, le dépistage individuel, plus simple d’accès mais payant et souvent assorti de dépassements d’honoraires, concurrence directement le dispositif organisé. Or il est jugé moins fiable, car il ne bénéficie pas de la double lecture des mammographies, ce qui pose un problème de santé publique et accentue les inégalités d’accès aux soins.

Numérisation, IA et chirurgie : des leviers sous-exploités

Le rapport souligne également un retard jugé « anormal » dans la numérisation des examens, encore trop souvent transmis en version papier pour la seconde lecture. Une modernisation permettrait, selon la Cour, d’améliorer la rapidité du diagnostic et d’intégrer l’aide de l’intelligence artificielle. Les magistrats s’interrogent aussi sur la pertinence du dépistage uniforme tous les deux ans entre 50 et 74 ans, évoquant la possibilité d’une approche plus ciblée selon les risques.

Sur la prise en charge, la Cour note une hausse spectaculaire des dépenses : 4,7 milliards d’euros en 2023 contre 2,8 milliards en 2015 (+65 %), alors que le nombre de patientes n’a progressé que de 7 %. Cette envolée est surtout liée aux médicaments innovants et à l’hospitalisation, sans que ces avancées thérapeutiques soient contestées, mais elles renforcent l’urgence d’investir davantage dans la prévention.

L’après-cancer, angle mort du système

La Cour critique aussi l’organisation des soins chirurgicaux : en Europe, il est recommandé qu’une équipe réalise au moins 150 opérations par an, contre seulement 70 en France. Certains établissements auraient même opéré sans autorisation. Les magistrats plaident donc pour une concentration des interventions dans des centres plus experts, tout en maintenant les soins avant et après chirurgie dans des structures de proximité.

Enfin, le rapport insiste sur les lacunes du suivi post-cancer : manque de coordination entre hôpital et ville, absence de feuille de route obligatoire, et reste à charge parfois élevé sur les soins de support (psychologie, rééducation, activité physique adaptée). Une loi votée en mars 2025 devait améliorer ce volet, mais ses décrets d’application ne sont toujours pas publiés, laissant un pan entier de la prise en charge en suspens.

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