Robert Badinter entre au Panthéon. Redécouvrez l'histoire de Roger Bontems, guillotiné à tort, qui avait guidé son combat contre la peine de mort. (AP/Ludovic Marin)
Robert Badinter entre au Panthéon. Redécouvrez l'histoire de Roger Bontems, guillotiné à tort, qui avait guidé son combat contre la peine de mort. (AP/Ludovic Marin)

Robert Badinter, figure emblématique de la justice française, entre symboliquement au Panthéon ce jeudi, en reconnaissance de son engagement pour les droits humains et l’État de droit. Ancien ministre de la Justice, président du Conseil constitutionnel et sénateur, il est surtout connu pour avoir orchestré l’abolition de la peine de mort en France en 1981, un combat profondément influencé par l’affaire tragique de Roger Bontems.

Une enfance marquée par l’histoire

Né le 30 mars 1928 à Paris dans une famille juive d’origine bessarabienne, Robert Badinter est marqué dès son enfance par les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Son père est déporté et tué à Auschwitz, et sa grand-mère meurt en déportation. Ces tragédies forgent son engagement pour la justice et les droits humains.

Après la guerre, il poursuit des études de droit à la Sorbonne, où il se spécialise en droit pénal. Son parcours académique et ses premières expériences d’avocat le préparent à devenir un ardent défenseur des droits des condamnés.

L’affaire Roger Bontems, guillotiné à tort : un déclencheur dans la vie de Badinter

Roger Bontems, né le 20 septembre 1936 à Aydoilles dans les Vosges, a bouleversé la vie de Robert Badinter ainsi que l’histoire judiciaire française. Ancien militaire, il devient plombier après un accident de moto qui met fin à sa carrière militaire. En 1962, il est condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour une série de crimes, dont une agression violente contre un chauffeur de taxi. En 1971, alors qu’il purge sa peine à la maison centrale de Clairvaux, il rencontre Claude Buffet, un autre détenu, avec qui il élabore un plan d’évasion.

La prise d’otages de Clairvaux

Le 21 septembre 1971, Bontems et Buffet simulent une maladie pour être transférés à l’infirmerie de la prison. Armés de couteaux fabriqués à partir de cuillères, ils prennent en otage une infirmière, Nicole Comte, et un surveillant stagiaire, Guy Girardot. Ils exigent des armes et un véhicule pour s’évader, menaçant de tuer leurs otages en cas de résistance. Au cours de l’altercation, les deux otages sont tués à l’arme blanche. Bien que Bontems n’ait pas porté les coups mortels, il est jugé complice des meurtres.

Le procès et la condamnation à mort

Le procès de Bontems et Buffet se tient à la cour d’assises de l’Aube du 15 au 22 novembre 1972. Avocat de Roger Bontems, Robert Badinter découvre que le couteau retrouvé sur son client, un Opinel, ne correspond pas aux marques laissées sur les victimes. Cependant, un vice de forme rend ce rapport d’expertise irrecevable. Malgré cela, Robert Badinter plaide avec ferveur en faveur de son client, soulignant l’absence de preuves et l’injustice de la condamnation. En vain. Le président Georges Pompidou refuse la grâce, et l’exécution est programmée pour le 28 novembre 1972.

Le 28 novembre 1972, Roger Bontems est guillotiné à 5h30 du matin à la prison de la Santé à Paris. Sept minutes plus tard, Claude Buffet subit le même sort. Cette exécution est la dernière à avoir eu lieu à Paris. Robert Badinter, témoin de l’exécution, est profondément marqué par cette injustice. Il en fait le point de départ de son combat pour l’abolition de la peine de mort en France.

Le Procès Et La Condamnation À Mort
Claude Buffet et Roger Bontems

Un combat pour l’abolition de la peine de mort

Après cette affaire, Robert Badinter s’engage pleinement contre la peine capitale. Il plaide dans plusieurs affaires de condamnés à mort, notamment celle de Patrick Henry, et publie des ouvrages tels que L’Exécution (1973) et L’Abolition (2000), où il raconte son engagement et ses réflexions sur la peine capitale.

En 1981, après l’élection de François Mitterrand, Badinter est nommé garde des Sceaux. Il présente et défend le projet de loi visant à abolir la peine de mort. Le 18 septembre 1981, l’Assemblée nationale adopte le texte par 363 voix contre 117, et le Sénat le valide le 30 septembre. La loi est promulguée le 9 octobre 1981, mettant fin à une pratique en vigueur depuis la Révolution française.

Un parcours au service de la justice

Au-delà de l’abolition de la peine de mort, Robert Badinter a œuvré pour moderniser le système judiciaire français. Il a participé à la dépénalisation de l’homosexualité, à la réforme du Code pénal de 1992 et à l’amélioration des conditions de détention. En tant que président du Conseil constitutionnel de 1986 à 1995, il a défendu les principes fondamentaux de la Constitution et l’indépendance de la justice.

Son engagement s’est également manifesté sur la scène internationale. Il a présidé la commission Badinter, qui a émis des avis juridiques sur la reconnaissance des États issus de l’ex-Yougoslavie, et a participé à la rédaction de la Constitution de la Roumanie. Il a également lutté contre la négation de la Shoah, notamment en défendant le journaliste Robert Faurisson en justice.

Le corps de Robert Badinter restera au cimetière parisien de Bagneux

Robert Badinter meurt dans la nuit du 8 au 9 février 2024, à l’âge de 95 ans, à Paris. Un hommage national lui est rendu le 14 février 2024, place Vendôme à Paris, en présence de sa famille et de nombreuses personnalités politiques.

Élisabeth Badinter a annoncé que le corps de son défunt mari ne sera pas transféré au Panthéon. Il demeurera dans le carré juif du cimetière parisien de Bagneux, où il repose depuis son décès. « Nous voulions avant tout ne pas être séparés », a-t-elle confié.

Le cercueil de Badinter abritera non pas sa dépouille, mais sa robe d’avocat, ainsi que trois ouvrages symboliques : Idiss, le livre qu’il avait consacré à sa grand-mère, Choses vues de Victor Hugo et une biographie de Nicolas de Condorcet, coécrite par le couple. Robert Badinter reposera d’ailleurs au Panthéon aux côtés de Condorcet.

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