La Grèce mise sur un système anti-drone national après un succès en mer Rouge
La Grèce mise sur un système anti-drone national après un succès en mer Rouge

ATHÈNES — Un nouveau système anti-drone développé par la Grèce a marqué un tournant stratégique pour le pays en matière de défense. Le dispositif, baptisé Centauros, a brillamment démontré son efficacité lors de son tout premier essai opérationnel en mer Rouge, en neutralisant deux drones hostiles lancés par les rebelles Houthis du Yémen contre des navires marchands. Le test, réalisé il y a un an dans le cadre d’une patrouille de l’Union européenne, a également vu deux autres drones rebrousser chemin après que le système eut perturbé leurs communications électroniques.

Ce succès a été un catalyseur pour Athènes. Le gouvernement grec a en effet décidé d’accélérer ses investissements dans le secteur de la défense nationale, avec une enveloppe ambitieuse de 30 milliards d’euros prévue d’ici 2036 pour moderniser ses forces armées. Une part significative de ce budget sera consacrée à la production industrielle de systèmes anti-drones, avec trois modèles distincts prêts à entrer en fabrication de masse dès 2026.

Le Centauros, produit par la société publique Hellenic Aerospace Industry (HAI), se distingue par ses capacités de détection et d’intervention avancées. Il est capable d’identifier des drones à une distance de 150 kilomètres et d’intervenir efficacement jusqu’à 25 kilomètres. La marine grecque prévoit de l’équiper sur l’ensemble de sa flotte, une décision motivée par la nécessité de sécuriser ses forces dans des zones géopolitiquement sensibles, notamment près de la frontière turque.

Selon Kyriakos Enotiadis, directeur du département électronique de HAI, le Centauros représente une avancée majeure pour l’industrie de défense grecque. Le système illustre le potentiel technologique du pays, encore peu connu dans ce secteur. Le gouvernement entend désormais s’appuyer sur cette dynamique pour développer une filière de défense nationale capable de produire des équipements de pointe, en partenariat avec des institutions publiques et des entreprises privées.

Le contexte régional tendu renforce la pertinence de ces investissements. La mer Égée, zone de tensions régulières avec la Turquie voisine, ainsi que les nouvelles menaces émergentes dans des théâtres plus lointains comme la mer Rouge, imposent aux forces armées grecques de renforcer leurs capacités en matière de guerre électronique et de lutte contre les drones, de plus en plus utilisés dans les conflits contemporains.

L’ambition affichée par Athènes est claire : moins dépendre des fournisseurs étrangers, développer un savoir-faire local, et s’imposer comme un acteur crédible dans le secteur de la défense en Europe du Sud-Est. Avec le Centauros en fer de lance, la Grèce espère transformer cette volonté stratégique en réalité industrielle.

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