Depuis 2021, la France a mis en place un réseau de centres spécialisés pour accompagner les auteurs de violences conjugales. En quatre ans, plus de 66 000 personnes y ont été reçues, preuve d’un besoin massif… et d’un système déjà sous tension.
Une prise en charge délicate
Ce dispositif, issu du Grenelle des violences conjugales de 2019, s’appuie sur 30 centres de prise en charge des auteurs (CPCA). Ces structures proposent des stages de responsabilisation, des groupes de parole et, selon les cas, un accompagnement psychologique ou en addictologie. Sur les 66 694 personnes suivies entre 2021 et 2024, certaines l’ont été dans le cadre d’une décision de justice, d’autres sur la base du volontariat. Mais la demande dépasse largement les capacités d’accueil. « Les moyens actuels sont insuffisants pour prendre en charge l’ensemble des flux qui nous sont orientés donc on priorise » les demandes judiciaires, explique Claire Haury, directrice générale de l’ARSL, qui coordonne les centres. Résultat : les auteurs qui font eux-mêmes la démarche se retrouvent souvent mis en attente, voire perdus de vue.
Un levier face à des chiffres alarmants
La nécessité d’un tel dispositif ne fait aucun doute. En 2023, 271 000 victimes de violences conjugales ont été recensées par les forces de l’ordre, en immense majorité des femmes. Cette même année, 96 féminicides ont été enregistrés. Face à cette réalité, prévenir la récidive ou le passage à l’acte devient un enjeu central. L’accompagnement mis en place repose sur des modules de responsabilisation de 1 à 6 jours, généralement en petits groupes de 10 à 15 participants. En 2023, 11 022 personnes ont suivi un stage, et 6 399 ont été engagées dans un parcours de soins. Les CPCA ne prétendent pas tout résoudre, mais ils incarnent un virage important : celui où la lutte contre les violences conjugales ne se contente plus de réparer après coup, mais tente aussi, enfin, d’agir en amont. Encore faut-il que les moyens suivent l’ampleur du chantier.