Ils avaient trompé jusqu’au château de Versailles. Le tribunal correctionnel de Pontoise a condamné Bill Pallot, spécialiste du mobilier français du XVIIIᵉ siècle, et l’ébéniste Bruno Desnoues pour avoir fabriqué et vendu de faux sièges royaux, attribués à des maîtres comme Foliot ou Jacob. Les meubles contrefaits avaient été écoulés auprès de clients prestigieux, dont la famille Guerrand-Hermès, la galerie Sotheby’s ou encore un membre de la famille royale qatarie. Les deux hommes écopent de peines largement assorties de sursis : quatre ans de prison, dont quatre mois ferme pour Pallot ; trois ans, dont quatre mois ferme pour Desnoues. Mais c’est sur le plan financier que la sanction est la plus lourde. Les faussaires devront verser plus de 1,4 million d’euros de dommages et intérêts à leurs victimes, en plus de 200 000 et 100 000 euros d’amendes respectives. Le tribunal a ordonné l’exécution provisoire à hauteur de 50 %.
Le château de Versailles mis en cause
Le jugement reconnaît une responsabilité partielle de l’établissement public de Versailles, estimée à 25 %, pour ne pas avoir suffisamment vérifié l’authenticité des œuvres. La commission consultative des trésors nationaux avait pourtant validé certains de ces meubles, saluant leur « extrême qualité ». À l’audience, il a également été rappelé que des alertes avaient été ignorées, notamment celles d’un spécialiste ayant mis en doute les pièces proposées par Pallot. En revanche, la galerie Kraemer et son représentant, poursuivis pour complicité de tromperie par négligence, ont été relaxés. Le tribunal a retenu qu’aucune intention frauduleuse n’avait été démontrée. Parmi les clients lésés, le prince Al Thani avait acquis pour 2 millions d’euros une fausse paire de sièges, avant d’être remboursé par la galerie. Il ne s’était pas constitué partie civile.