Tribunal de Meaux : des avocats appelés à siéger faute de magistrats
Tribunal de Meaux : des avocats appelés à siéger faute de magistrats

Scène inhabituelle au tribunal judiciaire de Meaux : lors d’une audience récente, une avocate chevronnée a pris place aux côtés de deux magistrats pour juger une affaire en comparution immédiate. Une situation rendue possible par le Code de l’organisation judiciaire, qui autorise exceptionnellement les avocats à compléter une formation de jugement en cas d’absence de juges titulaires.

Une solidarité face aux manques d’effectifs

Le recours à ce dispositif n’est pas anodin. La juridiction meldoise traverse une période délicate, avec plusieurs magistrats en formation ou dont la prise de fonction est différée à décembre. Pour éviter de ralentir le traitement des affaires, une vingtaine d’avocats du barreau local s’est portée volontaire afin de prêter main-forte ponctuellement. Un geste présenté comme un acte de solidarité envers une juridiction très sollicitée et confrontée à une forte activité. L’expérience, décrite comme enrichissante, permet aussi aux avocats de mieux appréhender la logique judiciaire. Mais elle soulève des interrogations sur les conflits d’intérêts potentiels, notamment si un dossier concerne un client ou un confrère proche.

Un bricolage qui interroge

Du côté des syndicats de magistrats, le constat est plus critique. Le recours à des avocats pour pallier les manques d’effectifs est jugé révélateur d’un déficit structurel de magistrats en France. Habituellement, ce sont des magistrats honoraires ou temporaires qui complètent les effectifs, pas les auxiliaires de justice en exercice. Si la présidence du tribunal insiste sur le caractère ponctuel de la mesure et assure qu’en décembre la juridiction sera au complet, les critiques pointent le risque d’un glissement vers une pratique plus fréquente. À Meaux, l’épisode illustre les tensions croissantes d’une justice confrontée à des besoins croissants mais à des moyens toujours limités.

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