Quatre cadres et intermédiaires de la société d’intérim RSI, spécialisée dans le BTP, comparaissent depuis ce mardi devant la 14ᵉ chambre correctionnelle de Nanterre pour travail dissimulé, emploi de sans-papiers et un registre du personnel aussi creux qu’un chantier en fondations. Face à eux, plus de trente anciens salariés sans titre de séjour se sont constitués partie civile et entendent faire tomber les masques. L’enquête, lancée par l’inspection du travail au printemps 2022, avait déjà entendu une soixantaine d’ouvriers et mis au jour un système rodé : contrats fantômes, cotisations envolées, salaires payés au noir. Prévue pour une simple après-midi en septembre dernier, l’audience avait été renvoyée, faute du patron Jacques Cohen, principal prévenu, qui brillait par son absence ; elle durera finalement deux jours, reflet d’un dossier jugé emblématique du sous-sol social français.
Une lutte née dans la poussière des chantiers
Tout commence en octobre 2021, quand une quarantaine d’ouvriers décident de bloquer l’agence RSI du boulevard Magenta à Paris, puis dressent un campement devant les locaux de Gennevilliers. Très vite, ils sont plus de quatre-vingts à tenir un piquet qui résistera une année entière, soutenus par le Collectif des Travailleurs Sans-Papiers de Vitry. Entre manifs, happenings et coups d’éclat, les « ex-RSI » crient leur credo : nous ne sommes pas des clandestins mais des salariés privés de droits, la régularisation n’est pas une aumône mais un dû. Leur visibilité médiatique pousse l’inspection du travail à creuser le dossier ; résultat : un coup de projecteur sur des pratiques que tout le monde connaissait sans jamais les nommer.
Entre principe et régularisation, le banc des victimes attend un verdict exemplaire
Aujourd’hui, les plaignants espèrent plus qu’une indemnité : ils veulent un jugement qui pèse dans leurs dossiers de séjour. Pour Mahamadou Touré, figure de la fronde, une condamnation nette de RSI enverrait un signal clair aux préfectures : ces travailleurs ne demandent pas l’aumône mais la reconnaissance du préjudice subi. Dans la salle d’audience, chacun sait que le procès ne réglera pas la pénurie de main-d’œuvre ni la tentation patronale du « cash » sans charges, mais une décision sévère pourrait fissurer le mur d’indifférence. Entre les câbles mal gainés des chantiers et les couloirs du tribunal, la même question résonne : combien d’autres agences d’intérim profitent encore d’une main-d’œuvre invisible pour bâtir la ville de demain ?