Un ancien policier de la brigade de protection des mineurs de Marseille, âgé de 39 ans en 2018, comparaît à partir d’aujourd’hui 1er septembre 2025 devant la cour criminelle des Bouches-du-Rhône pour des viols et agressions sexuelles sur deux enfants philippins, alors âgés de 12 et 15 ans. Ce fonctionnaire, également président d’une association française de protection des enfants des rues de Manille, est accusé d’avoir exploité sa position pour abuser de mineurs vulnérables à 11 000 kilomètres de là. Entre détention d’images pédocriminelles et mensonges éhontés, ce procès, qui pourrait inclure le témoignage en visioconférence des victimes, révèle un prédateur tapi dans l’ombre d’un rôle de « protecteur ».
Un prédateur masqué par la vocation
Le 28 juin 2021, l’étau se resserre : une perquisition chez l’accusé, déclenchée après des signalements internes, met au jour des milliers de photos et vidéos pédocriminelles sur son téléphone, son ordinateur et ses clés USB. Même après son incarcération, le bailleur découvre d’autres images dans son ancien logement. Ce policier, enquêteur à Épinay-sur-Seine puis à Marseille, s’était engagé dès 1997 dans une association dédiée aux enfants déshérités de Manille. « Il a détourné sa fonction et son bénévolat pour approcher des victimes », fustige la juge d’instruction, ulcérée par ce cynisme. En 2020, un adolescent en foyer dénonce des échanges inappropriés avec lui, révélant des messages trop familiers. Un collègue, méfiant face à son comportement ambigu, signale une photo suspecte partagée sur un groupe WhatsApp professionnel : un dessin d’enfant, anodin en apparence, cachant une image obscène. Malgré ces alertes, sa hiérarchie tergiverse, le mutant à un autre service sans signalement immédiat.
Les faits reprochés remontent à fin 2017, dans les rues de Manille
L’accusé, en voyage via son association, aborde un garçon de 15 ans mendiant sur l’avenue Mabini. Il lui offre nourriture et vêtements, gagne sa confiance, puis le viole sur un terrain vague. Le lendemain, il récidive avec le frère de 12 ans, leur fournissant un téléphone pour les localiser quotidiennement. Il verse 500 à 1 000 pesos philippins (8 à 16 euros) par agression, réservant même un Airbnb pour « poursuivre ses cochonneries ». Une photo, prise par l’un des frères, immortalise un viol. En février 2024, l’aîné, désormais emprisonné aux Philippines, livre un récit glaçant, confirmant les abus subis par nécessité. Le cadet, lui, reste mutique, brisé par le trauma.
Un tissu de mensonges effondré
L’enquête, ouverte après la perquisition de 2021, expose un homme maître dans l’art du mensonge. Il invente une vie fictive : un passé forain, une mère surnommée « Mumu », une compagne « Lulu » et un neveu « Gabin », prétendument recueilli. En réalité, « Gabin » est le fils d’un maître-nageur d’un camp naturiste où l’accusé traque des adolescents, notant leurs caractéristiques physiques et photographiant leurs plaques d’immatriculation. Ses collègues, choqués, décrivent un homme rôdant près de l’imprimante pour voler des images de dossiers sensibles. « Je suis accro, mais ça me motive à protéger les enfants », ose-t-il, se victimisant face à ses chefs. Lors de sa garde à vue en septembre 2021, il ironise, niant avec désinvolture. Ce procès, débuté le 1er septembre, met en lumière un scandale : un policier censé protéger les mineurs a exploité sa position pour en abuser, stockant des preuves accablantes sans les effacer. La justice, via l’IGPN et le parquet de Marseille, a tardé à réagir, laissant des années de soupçons s’accumuler. Les victimes philippines, absentes physiquement, pourraient témoigner par visioconférence, un défi dans un pays où la pauvreté rend la justice inaccessible.