Pédocriminalité à Saint-Stanislas - l’Inirr ouvre la porte à une session de réparation à Nantes
Pédocriminalité à Saint-Stanislas - l’Inirr ouvre la porte à une session de réparation à Nantes

Huit plaintes pour violences sexuelles au collège-lycée privé Saint-Stanislas de Nantes ont été déposées depuis 2022 auprès de l’Inirr (Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation), l’organisme chargé d’indemniser les victimes de pédocriminalité dans l’Église catholique. Marie Derain de Vaucresson, juriste et présidente de l’Inirr, n’exclut pas d’organiser une rencontre collective avec ces victimes à Nantes, saluant l’appel à témoignages lancé par le diocèse et l’enseignement catholique. Ce scandale, qui a émergé en août 2025 avec des accusations contre cinq prêtres décédés et un éducateur entre 1958 et 1995, a déjà généré une trentaine de nouveaux signalements, dont un suicide récent d’une victime présumée. L’Inirr, créée en 2022 suite au rapport Sauvé, pourrait ainsi délocaliser ses audiences pour apaiser un territoire marqué par des décennies d’omerta.  

Huit saisines et un appel qui libère la parole

Depuis l’ouverture de l’Inirr en janvier 2022, cinq accompagnements ont été menés pour des victimes de Saint-Stanislas, avant que trois nouvelles personnes ne se manifestent suite à l’appel du 29 août 2025. « Nous saluons cette démarche conjointe du diocèse et de l’enseignement catholique », souligne Marie Derain de Vaucresson, ancienne Défenseure des enfants. L’évêque de Nantes, Laurent Percerou, et le directeur diocésain Frédéric Delemazure ont révélé des viols, agressions et attouchements sur dix élèves, commis par des prêtres et un surveillant, souvent surnommé « le tâteur » par les anciens. Ces faits, couvrant 1958 à 1995, ont été croisés avec des archives diocésaines et scolaires, mais des tags récurrents sur les murs de l’établissement depuis le rapport Sauvé de 2021 laissaient déjà présager l’ampleur. En quelques jours, la cellule d’écoute du diocèse a reçu une trentaine de messages, 80 % concernant Saint-Stanislas, et 20 % d’autres établissements catholiques de Loire-Atlantique. Parmi eux, un suicide en 2024 d’un quadragénaire ayant confié des abus à un surveillant a conduit le parquet de Nantes à ouvrir une enquête judiciaire confiée à la police, comme annoncé le 3 septembre. Les victimes, souvent anonymes, décrivent des sévices « épouvantables » : attouchements en classe, viols en internat, et un silence institutionnel. Philippe, 77 ans et ancien élève, témoigne : « On le surnommait le tâteur, il passait ses mains partout. » Ce déferlement, boosté par l’affaire Bétharram, porte à 74 signalements fin août, selon Ouest-France.  

Critères d’accès et perspective d’une session nantaise  

Pour saisir l’Inirr, les victimes doivent prouver un lien avec l’Église, ici, un établissement catholique sous tutelle diocésaine, et déposer un dossier avec témoignages ou preuves, dans un délai de 30 ans après la majorité. Créée post-CIASE (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église), l’Inirr a traité près de 2 000 cas en trois ans, indemnisant jusqu’à 60 000 euros par victime, sans recours judiciaire. Marie Derain de Vaucresson, nommée en 2021 pour son expertise en droits des enfants, insiste sur l’indépendance : « Nous mobilisons leur pouvoir d’agir dès le contact. » À Nantes, où les plaintes s’accumulent, elle envisage une « session délocalisée » : « Une rencontre collective pourrait faciliter les échanges, comme nous l’avons fait ailleurs. » Ce scandale, qui ébranle un établissement emblématique de Nantes, révèle des dysfonctionnements systémiques : archives fermées, prêtres protégés, et une culture du silence. Le diocèse, exprimant « honte et tristesse », promet d’ouvrir davantage ses fonds pour identifier d’autres cas. Le parquet, quant à lui, explore des poursuites malgré les décès des accusés. Ces révélations, piquant par leur retard, pourraient catalyser une vague de témoignages, comme en 2021 avec le rapport Sauvé qui avait multiplié les signalements. Pour les victimes, l’Inirr offre réparation, mais Nantes attend justice et transparence dans un dossier qui mine la confiance en l’Église locale.

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