Le tribunal correctionnel de Paris ouvre un procès inédit : douze membres et sympathisants de l’association « Ultime Liberté » comparaissent pour avoir facilité l’accès à un produit mortel entre 2018 et 2020. La plupart des prévenus ont plus de 70 ans et se retrouvent poursuivis non pas pour avoir fait commerce de substances interdites, mais pour avoir accompagné d’autres personnes, souvent âgées et gravement malades, dans leur volonté de mettre fin à leurs jours. Les enquêteurs soupçonnent notamment ces militants d’avoir fourni des explications pratiques afin de commander du penthiobarbital à l’étranger, en particulier au Mexique. Ce barbiturique, utilisé légalement dans plusieurs pays pour l’euthanasie, entraîne un endormissement rapide suivi d’un arrêt cardiaque en moins de vingt minutes. S’ils n’ont pas découvert de stocks lors des perquisitions, les policiers estiment que certains prévenus ont joué un rôle actif dans ces démarches.
Une désobéissance civile assumée
Parmi les figures de ce procès, Claude Hury, cofondatrice de l’association, assume sa démarche. Cette ancienne militante du Planning familial reconnaît avoir aidé des adhérents peu familiers d’internet à passer commande. Elle défend une logique de désobéissance civile et considère que le procès peut servir de tribune pour mettre en lumière un tabou. Elle rappelle que près de 3 000 personnes âgées se suicident chaque année en France, et estime qu’un cadre légal sur la fin de vie permettrait de sortir de cette hypocrisie. Pour l’association, il ne s’agit pas de trafic mais d’un combat pour ce qu’ils appellent « le droit d’anticiper sa mort ». Leur volonté affichée est de replacer la question dans l’espace public, en comparant leur situation à celle des militantes du procès de Bobigny dans les années 1970 sur l’avortement.
Un médecin militant parmi les prévenus
Parmi les douze accusés figure aussi Bernard Senet, ancien médecin de famille, engagé depuis quatre décennies en faveur de l’aide à mourir. Il revendique avoir pratiqué une soixantaine d’euthanasies dans sa carrière et affirme ne pas craindre la justice. Selon lui, de nombreux confrères agissent dans le silence, preuve d’une hypocrisie persistante autour de la fin de vie en France. Il décrit comme intenable la situation des praticiens qui accompagnent des malades pendant des années avant de les abandonner dans les derniers instants. Le procès, prévu pour durer trois semaines, pourrait devenir un moment charnière dans le débat français sur l’euthanasie et le suicide assisté. En toile de fond, la future loi sur la fin de vie, encore en discussion, risque d’être scrutée à l’aune de cette affaire. Les douze militants, loin de se définir comme des criminels, entendent transformer leur comparution en tribune pour faire avancer un débat qui divise le pays depuis des décennies.