Du champagne bidon et un avocat mouillé jusqu’au noyau
Du champagne bidon et un avocat mouillé jusqu’au noyau

Pendant que l’un faisait mousser ses cuvées frelatées, l’autre faisait passer les bulles par la case blanchiment. Un vigneron de la Marne et un avocat du barreau de la Meuse comparaissent ce lundi devant le tribunal correctionnel de Créteil. L’un est en fuite, l’autre risque dix ans de prison. Ensemble, ils sont accusés d’avoir organisé un juteux trafic de faux champagne, maquillé grâce à un circuit digne d’un polar judiciaire.

Raisins en trop, vin illicite, papiers bidons

Tout a démarré par un banal contrôle des douanes dans une exploitation viticole. Les agents repèrent chez ce vigneron – déjà mal vu dans la profession – une incohérence entre les superficies déclarées et les quantités récoltées. Or, dans l’appellation Champagne, le cahier des charges est clair : toute production excédentaire doit être détruite. Lui, il la vinifie. Résultat : entre 2007 et 2010, près de 120 000 kilos de raisins sont transformés en bouteilles interdites à la vente, pour un montant estimé à 600 000 euros. Pour écouler discrètement sa marchandise, l’homme utilise une nébuleuse de sociétés civiles d’exploitation agricole (SCEA), aux noms champêtres mais à la comptabilité fantomatique. Faux baux, fausses conventions, faux numéros d’identification attribués par le Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC) : le dossier déborde de documents falsifiés. Les entreprises sont toutes soit en redressement judiciaire, soit sans comptes bancaires au moment du contrôle.

Du jus suspect dans la coupe des avocats

C’est là qu’intervient l’avocat. Selon les enquêteurs, il aurait mis à profit son accès à la caisse des règlements pécuniaires des avocats (CARPA) – un dispositif censé sécuriser et tracer les fonds reçus pour le compte des clients – pour blanchir discrètement les revenus du faux champagne. Les SCEA encaissent le produit des vendanges illicites, les fonds sont transférés vers le compte CARPA de l’avocat, puis réinjectés proprement dans le circuit. Un mécanisme d’autant plus retors que la CARPA, justement conçue pour lutter contre le blanchiment, donne une apparence licite aux sommes qu’elle héberge. C’est l’Union nationale des CARPA qui sonne l’alerte, après avoir repéré d’étranges anomalies. Une enquête préliminaire est alors ouverte par le service régional de police judiciaire (SRPJ) de Nancy. L’avocat est aujourd’hui renvoyé pour blanchiment aggravé, abus de biens sociaux et usage frauduleux de sa fonction. Son client, lui, reste introuvable : un mandat d’arrêt a été émis en 2019. Il est soupçonné d’avoir filé en Tunisie.

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