Près de 4 millions d’euros recyclés chaque année, des valises de billets, des transferts sans trace et un réseau s’étendant de la Guyane au Suriname, en passant par les Pays-Bas : c’est le système qu’un homme de 40 ans, nommé Joël, est accusé d’avoir servi pendant près d’un an. Ce père de six enfants, déjà condamné à plusieurs reprises pour trafic de drogue, a été mis en examen pour blanchiment d’argent et trafic de stupéfiants, puis écroué à Paris le 23 mai.
Mules, hôtels et hawala
Surveillé depuis fin 2024, Joël est repéré dans des hôtels de région parisienne où logent des mules, des coursiers chargés de transporter la drogue. Les enquêteurs le voient également remettre des sacs, se rendre à Reims dans un appartement servant de base logistique, et multiplier les trajets vers la province. L’argent collecté est exfiltré vers l’Amérique du Sud via deux méthodes : le système informel de l’hawala, fondé sur la confiance entre collecteurs, et des transferts opaques réalisés en Belgique et aux Pays-Bas contre commission.
Des opérations coordonnées efficaces
Le 21 mai, plusieurs opérations coordonnées à Reims, Châlons-en-Champagne et Dijon permettent de saisir près de 87 000 euros en liquide. Interrogé, Joël livre sa version : sans nier avoir collecté des fonds, il affirme avoir été recruté par son frère, par nécessité. Il conteste en revanche toute implication directe dans le trafic de cocaïne. Il assure avoir pris « une grave erreur », qu’il ne souhaite « pas répéter », et demande à retrouver une vie normale. Le parquet n’est pas convaincu. L’avocate générale souligne la récidive, les méthodes professionnelles et l’enracinement du suspect dans ce circuit clandestin. Joël reste en détention. Le blanchiment, lui, continue d’avoir ses passeurs.