Anita, brûlée vive : le procès de l’horreur s’ouvre à Metz
Anita, brûlée vive : le procès de l’horreur s’ouvre à Metz

La scène est insoutenable. Une femme enceinte, enfermée dans son appartement en flammes, hurle à la mort tandis que son compagnon saute par la fenêtre… indemne. Ce jeudi, Maroof Easakhail, 33 ans, comparaît devant la cour d’assises de la Moselle pour avoir volontairement incendié l’appartement où se trouvait Anita Gashi, sa compagne enceinte de cinq mois. Elle succombera un mois plus tard à ses brûlures, avec son bébé à naître.

Un piège, un bidon, un drap noué

Les enquêteurs n’ont aucun doute : l’incendie du 23 juin 2022 à Metz-Borny n’a rien d’un accident. Foyers multiples, bidon d’essence camouflé en eau déminéralisée, lit du nourrisson ciblé : tout accuse une mise à feu volontaire. L’accusé, lui, change de version à chaque audition, prétendant avoir fui le brasier en se couvrant d’un drap avant de sauter. Sauf que le seul drap visible était déjà noué sous la fenêtre avant l’incendie — une échappatoire soigneusement anticipée. Anita, 25 ans, enfermée dans l’appartement dont la porte avait été verrouillée, a crié à l’aide : « Il y a le feu, je vais mourir ! » Les voisins et pompiers parviennent à l’extraire dans un état critique : brûlée à 90 %, inconsciente. Elle ne survivra pas. Le fœtus, lui, meurt dès le lendemain. Le père reste à l’extérieur, immobile, silencieux, sans même tenter de savoir si sa compagne vit encore.

Violence, contrôle et mobile conjugal

Le mobile semble clair : Anita voulait le quitter. Originaire du Kosovo, elle supportait de moins en moins les insultes, les tensions, les coups. Son compagnon ne le supportait pas : « Dans mon pays, on ne quitte pas son mari. Sinon il tue sa femme », aurait-il confié. En apparence, il nie tout : il l’aimait, elle était libre, colérique même, parfois violente, dit-il. Mais les témoignages et les constatations racontent une autre histoire : celle d’une jeune femme sous emprise, qui n’a pas eu le temps de s’échapper. Le procès, qui s’ouvre à Metz, devra trancher entre les dénégations confuses de l’accusé et le silence définitif de la victime. Un silence que la justice va tenter de faire parler.

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