Des examens "minutieux", ou des violences sexuelles ?
Des examens "minutieux", ou des violences sexuelles ?

C’est une affaire d’une ampleur sans précédent qui secoue la justice française. Le docteur Phuoc-Vinh Tran, gynécologue aujourd’hui à la retraite, comparaîtra devant la cour criminelle du Val-d’Oise, sans doute au premier semestre 2026, pour des accusations de viols et d’agressions sexuelles commis entre 2003 et 2015 sur ses patientes. Au total, 130 plaintes ont été déposées, dont 92 pour viol, et 74 femmes se sont constituées parties civiles. Un dossier d’une rare densité, pour lequel l’instruction aura duré plus d’une décennie.

Des examens « minutieux », ou des violences sexuelles ?

Les témoignages, recueillis au fil des années, décrivent des actes d’une grande constance. Des touchers vaginaux prolongés, des gestes à caractère sexuel sous couvert d’examens médicaux, des commentaires déplacés sur la sexualité ou l’humidité des patientes, des caresses sur les seins, voire des tentatives de déclenchement d’orgasmes… Le tout dans un climat d’autorité médicale qui aurait tétanisé nombre de victimes. Face à ces accusations, le médecin nie tout en bloc. « Je suis minutieux et délicat », affirme-t-il à plusieurs reprises. Il évoque une « méthode asiatique », introuvable dans la littérature médicale, et parle d’un « malentendu ». Son avocat, Me Jean Chevais, pointe une « présomption de culpabilité créée par le nombre » de plaignantes et assure que son client n’a jamais franchi la ligne.

Si l’affaire est aujourd’hui aussi lourde, c’est aussi parce qu’elle aurait pu éclater bien plus tôt. Trois plaintes antérieures à 2013 – en 2005, 2008 et 2011 – ont été classées ou ignorées. L’ordre des médecins a, lui aussi, été alerté à plusieurs reprises, sans que cela ne débouche sur des sanctions. En 2002 déjà, une décision estimait que les gestes dénoncés étaient « compatibles avec un examen gynécologique minutieux ». L’enquête judiciaire, ouverte en 2013, a été chaotique : juges d’instruction débordés, expertises médicales interminables, parties civiles oubliées, et avis de fin d’information multiples. Le système judiciaire semble avoir mis douze ans à assembler ce que plusieurs femmes décrivaient déjà en des termes similaires dès les premières années 2000. Au-delà du cas du docteur Tran, ce procès sera celui d’un système. Celui d’un silence médical longtemps couvert par l’autorité professionnelle. Celui d’un ordre des médecins qui n’a pas su – ou voulu – écouter les signaux d’alerte. Et celui d’une justice qui, malgré la gravité des accusations, a peiné à prendre la mesure de l’affaire. Pour les plaignantes, l’attente a été longue, parfois trop. Certaines ont vu leur plainte prescrite.

D’autres, en attente de reconnaissance, espèrent que la cour saura faire la lumière sur ce qu’elles dénoncent comme un abus de pouvoir médical d’une rare violence. Phuoc-Vinh Tran, lui, clame toujours son innocence. Devant la justice, il devra affronter une vérité autrement plus vaste que sa défense : celle de 130 récits qui se répondent, se recoupent, et posent une seule question lancinante : comment tout cela a-t-il pu durer aussi longtemps ?

Partager