Le Moyen-Orient paralysé : aéroports fermés, voyageurs bloqués face à l’escalade entre Israël et l’Iran
Le Moyen-Orient paralysé : aéroports fermés, voyageurs bloqués face à l’escalade entre Israël et l’Iran

Alors que les frappes israéliennes s’intensifient sur l’Iran, une crise majeure perturbe le trafic aérien dans tout le Moyen-Orient. Lundi, la majorité des pays de la région avaient fermé leur espace aérien ou suspendu une grande partie de leurs opérations, piégeant des dizaines de milliers de voyageurs au sol. Cette paralysie aérienne inédite est l’un des effets collatéraux les plus visibles de la confrontation militaire en cours entre Israël et l’Iran.

Parmi les personnes prises au piège : Aimal Hussein, un homme d’affaires afghan de 55 ans en voyage dans la province iranienne de Qom. Après qu’une frappe israélienne a touché une zone proche de son hôtel, il a tenté de fuir vers Téhéran, sans succès. « Vols, marchés, tout est fermé, et je vis dans le sous-sol d’un petit hôtel », a-t-il confié à l’Associated Press. Comme lui, de nombreux étrangers cherchent désespérément un moyen de quitter le pays, alors que les taxis refusent de circuler et que l’accès aux frontières est très limité.

Le conflit a commencé vendredi avec des frappes israéliennes massives sur Téhéran et d’autres sites stratégiques iraniens, visant des responsables militaires, des scientifiques du nucléaire et des infrastructures sensibles. En représailles, l’Iran a lancé des centaines de drones et de missiles vers Israël, faisant redouter une extension incontrôlable du conflit.

L’aéroport international Ben Gourion de Tel Aviv a été fermé « jusqu’à nouvel ordre », laissant plus de 50 000 Israéliens coincés à l’étranger. Tous les avions des compagnies israéliennes ont été redirigés vers Chypre. En vol depuis New York, Zvika Berg a appris de la bouche du pilote que son avion serait dérouté vers Larnaca : « Je ne sais pas quoi faire », a-t-il déclaré depuis son hôtel chypriote. À Tel Aviv, Mahala Finkleman, une touriste canadienne, a vu son vol annulé. Elle se réfugie désormais dans un abri antiaérien de son hôtel lors des attaques nocturnes. « On entend les explosions. Parfois, le sol tremble », témoigne-t-elle.

Les conséquences du conflit dépassent largement les frontières israélo-iraniennes. En Irak, tous les aéroports sont fermés, après que le pays a été utilisé comme couloir aérien par les deux camps. Bagdad a mis en place un accord avec la Turquie pour permettre à ses ressortissants à l’étranger de rentrer via une traversée terrestre de la frontière. Yahia al-Suraifi, étudiant irakien à Tabriz, a payé un taxi avec d’autres jeunes pour parcourir plus de 300 km jusqu’au Kurdistan irakien, sous un ciel strié de missiles : « C’était comme un feu d’artifice dans le ciel », a-t-il raconté.

En Iran, des milliers d’étudiants étrangers, notamment des Indiens, se retrouvent coincés. Les universités tentent de les reloger dans des zones jugées plus sûres, mais aucune évacuation officielle n’est encore annoncée. Le principal aéroport du pays, l’aéroport international Khomeini, est fermé depuis vendredi, tout comme le terminal militaire de Mehrabad, touché par une frappe israélienne.

Partiellement ouverts, les aéroports de Jordanie et du Liban restent surchargés et chaotiques. La Syrie, qui avait entamé la rénovation de ses aéroports et la reprise des liaisons diplomatiques, a vu ses espoirs réduits à néant avec la reprise des hostilités.

Pour les experts, le chaos aérien actuel aura un coût astronomique. « C’est un effet domino massif », a expliqué John Cox, ancien pilote et spécialiste de la sécurité aérienne. « Les passagers, les avions, les équipages : rien n’est à sa place. »

À Beyrouth, Amman ou Bagdad, dans les avions détournés à Larnaca, ou dans les sous-sols des hôtels de Téhéran, ce sont des milliers de récits d’angoisse et de désarroi qui s’écrivent, témoins de l’onde de choc géopolitique qui frappe une région déjà marquée par des décennies d’instabilité.

Partager