Une étude alerte - les coupes dans l’aide occidentale pourraient causer 22,6 millions de morts d’ici 2030 (AP)
Une étude alerte - les coupes dans l’aide occidentale pourraient causer 22,6 millions de morts d’ici 2030 (AP)

Une réduction massive de l’aide publique au développement (APD) décidée par les grandes puissances occidentales pourrait entraîner la mort de 22,6 millions de personnes supplémentaires d’ici 2030, dont 5,4 millions d’enfants de moins de cinq ans. C’est la conclusion alarmante d’une nouvelle étude publiée lundi par l’Institut de Barcelone pour la santé mondiale (ISGlobal), en partenariat avec plusieurs organisations de santé et de développement. L’étude met en lumière les conséquences sanitaires dramatiques d’une politique de désengagement international qui pourrait anéantir des décennies de progrès dans la lutte contre la pauvreté et l’amélioration de la santé mondiale.

L’étude s’appuie sur les données de 93 pays à revenu faible et intermédiaire et modélise différents scénarios budgétaires pour estimer l’impact des coupes prévues en 2025, dans la continuité de celles déjà opérées ces cinq dernières années. Les auteurs évoquent un scénario pessimiste où les coupes atteindraient jusqu’à 25 % dans les pays les plus pauvres, voire 28 % en Afrique subsaharienne, provoquant un nombre de morts bien supérieur aux précédentes estimations publiées en juin dans la revue The Lancet. Même dans un scénario plus modéré, les pertes humaines resteraient considérables, avec 9,4 millions de décès évitables, dont 2,5 millions d’enfants.

Les coupes dans l’APD interviennent alors que les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France – les principaux contributeurs mondiaux – ont tous réduit leur aide pour la première fois en près de trente ans. Et pour la première fois, ces quatre pays s’apprêtent à la diminuer simultanément deux années de suite, en 2024 et 2025. Le rapport note que le Royaume-Uni prévoit une baisse de 40 %, la France 37 %, les Pays-Bas 30 % et la Belgique 25 %. Ces décisions, selon les chercheurs, laissent très peu de marge pour des stratégies d’adaptation dans les pays bénéficiaires.

Les auteurs soulignent également l’effet d’entraînement des politiques américaines sur les autres donateurs. Les mesures prises par l’ancien président Donald Trump pour démanteler une partie de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) et réduire l’aide ont servi de modèle à d’autres pays, provoquant une montée inquiétante des décès évitables. La nouvelle étude, soumise pour évaluation par les pairs à The Lancet, reprend et élargit les conclusions de recherches antérieures qui avaient déjà estimé à plus de 14 millions le nombre de décès additionnels induits par les coupes américaines à elles seules.

Face à cette perspective, les auteurs appellent à une réévaluation urgente des engagements internationaux en matière de développement, soulignant que les conséquences humaines de ce désengagement seraient colossales. Trois décennies de progrès dans la santé, l’éducation et la réduction de la pauvreté sont en jeu, avertissent-ils, dans un contexte de crises multiples où les populations vulnérables sont déjà sous pression extrême.

Que retenir rapidement ?

Une réduction massive de l’aide publique au développement (APD) décidée par les grandes puissances occidentales pourrait entraîner la mort de 22,6 millions

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