Le Vatican a restitué samedi soixante-deux objets issus de sa collection ethnographique à des représentants autochtones du Canada. Le pape Léon XIV a remis un kayak inuit emblématique ainsi que plusieurs objets rituels à la Conférence des évêques catholiques du Canada, chargée de les renvoyer à leurs communautés d’origine. Le Vatican présente ce geste comme un signe concret de respect et de dialogue.
Un retour historique contesté par certains chercheurs
Les artefacts, longtemps conservés au musée Anima Mundi, arriveront à Montréal le 6 décembre avant d’être transférés au Musée canadien de l’histoire à Ottawa. La plupart avaient été envoyés à Rome en 1925 par des missionnaires pour une grande exposition célébrant l’œuvre de l’Église. Historiens et responsables autochtones contestent toutefois l’idée qu’il s’agissait de « dons » libres, rappelant la politique d’assimilation forcée menée à cette époque au Canada.
La confiscation d’objets rituels autochtones, notamment après l’interdiction du potlatch en 1885, avait conduit à l’appropriation massive de biens culturels par des musées et collectionneurs en Amérique du Nord et en Europe. La ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, a salué cette restitution, qu’elle voit comme une étape importante vers la vérité et la réconciliation.
Les négociations avec le Vatican se sont accélérées après la visite de délégations autochtones en 2022, venues recevoir les excuses du pape François pour le rôle de l’Église dans les pensionnats. Les représentants avaient demandé le retour d’objets tels que le kayak inuit, des ceintures wampum, des masques ou encore des massues de guerre.
Le Vatican souligne que ce transfert intervient cent ans après l’exposition de 1925 et s’inscrit dans une démarche symbolique. Mais certains chercheurs estiment que la restitution, présentée comme un « don », ne reconnaît pas pleinement les conditions d’acquisition des objets. Ils rappellent qu’environ 40 000 artefacts autochtones restent conservés dans les collections du Vatican.
L’Inuvialuit Regional Corporation prendra en charge le transport des artefacts. Ceux dont l’origine est incertaine seront conservés temporairement à Ottawa jusqu’à la fin des recherches menées par des spécialistes autochtones.
Pour les évêques canadiens, cette restitution marque une étape cruciale dans leur démarche de réconciliation et vise à soutenir la transmission culturelle auprès des jeunes générations autochtones.