Dans une salle d’audience presque vide à Wellington, l’appel du plus tristement célèbre meurtrier de Nouvelle-Zélande s’est déroulé dans une atmosphère feutrée, avec très peu de références aux détails de la fusillade la plus meurtrière de l’histoire du pays. Cette discrétion reflète la volonté des autorités de ne pas amplifier les motivations racistes de Brenton Tarrant, auteur de l’attaque contre deux mosquées de Christchurch en 2019, qui a fait 51 morts parmi des fidèles musulmans.
Se revendiquant suprémaciste blanc, Tarrant avait fait référence à d’autres auteurs de massacres motivés par la haine et a, depuis, été cité par certains extrémistes. Pourtant, ses propos sont rarement relayés en Nouvelle-Zélande. Les autorités ont interdit la diffusion de son manifeste raciste ainsi que de la vidéo qu’il avait diffusée en direct lors de l’attaque, dans un effort pour freiner la propagation de son idéologie.
Cette stratégie s’est une nouvelle fois manifestée devant la Cour d’appel de Nouvelle-Zélande, où un collège de trois juges a entendu les plaidoiries finales de l’accusation s’opposant à la demande de Tarrant d’annuler ses aveux de 2020 pour terrorisme, meurtre et tentative de meurtre. Condamné à la réclusion à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle, il souhaite revenir sur ses plaidoyers de culpabilité, affirmant les avoir formulés lors d’une « dépression nerveuse » provoquée par ses conditions de détention.
Les avocats de la Couronne ont soutenu qu’aucune preuve ne démontrait une maladie mentale grave au moment des aveux. Des experts avaient estimé qu’il était apte à plaider, et ni ses anciens avocats ni le personnel pénitentiaire n’avaient signalé d’inquiétudes. Selon l’accusation, les éléments à charge — notamment la vidéo qu’il a lui-même enregistrée — rendaient une condamnation inévitable en cas de procès.
L’audience, suivie par un nombre très limité de journalistes, s’est tenue sans que l’image du détenu ne soit visible en permanence dans la salle. Hormis à Christchurch, où des proches de victimes ont pu suivre la retransmission, sa présence est restée largement invisible. Les procureurs ont averti qu’un nouveau procès public, si la demande était acceptée, raviverait la douleur des victimes.
La décision des juges sera rendue ultérieurement. Si la demande de retrait des aveux est rejetée, l’affaire reviendra devant la cour pour examiner un autre recours, cette fois contre la peine de prison à vie.