À Mexico, la Coupe du monde rime avec baisse de revenus et déplacements pour les plus précaires (AP)
À Mexico, la Coupe du monde rime avec baisse de revenus et déplacements pour les plus précaires (AP)

À quelques mois de la Coupe du monde 2026, organisée conjointement par le Mexique, les États-Unis et le Canada, les préparatifs dans la capitale mexicaine suscitent l’inquiétude d’une partie des travailleurs les plus vulnérables. Si la Fédération mexicaine de football estime que l’événement pourrait générer près de 3 milliards de dollars pour l’économie nationale, certains habitants dénoncent déjà une chute brutale de leurs revenus et des risques de déplacement forcé.

Montserrat Fuentes, travailleuse du sexe de 42 ans, exerce depuis vingt ans sur l’avenue Calzada de Tlalpan, à proximité du mythique Estadio Azteca, où se tiendra notamment la cérémonie d’ouverture. Mais depuis le lancement de travaux d’aménagement, dont la construction d’une piste cyclable et des fermetures nocturnes de stations de métro, elle affirme avoir perdu plus de la moitié de ses revenus. Les séparateurs installés le long de la chaussée empêchent les voitures de s’arrêter, réduisant fortement le nombre de clients.

Selon l’organisation de défense Street Brigade, environ 15 000 personnes vivent du travail du sexe dans la capitale, où cette activité n’est pas criminalisée. Sa présidente, Elvira Madrid Romero, estime que les aides promises par les autorités locales — de petites allocations mensuelles et des livraisons alimentaires — sont largement insuffisantes. La maire de Mexico, Clara Brugada, avait annoncé la création de 58 points de rencontre officiels le long de l’avenue, mais les travailleuses affirment ne pas en voir la concrétisation.

La situation n’épargne pas les vendeurs ambulants. Dans les passages souterrains menant aux stations de métro desservant le stade, des centaines de commerçants ont installé leurs étals depuis des décennies. Esperanza Toribio Rojas, 68 ans, vend des smoothies dans l’un de ces tunnels. Elle redoute d’être déplacée dans le cadre du programme municipal « Steps to Utopia », qui vise à transformer les lieux en espaces culturels et sportifs avant la compétition. Des représentants des vendeurs affirment que plusieurs dizaines d’entre eux ont déjà été évincés, malgré des négociations en cours avec la municipalité.

Ces tensions s’inscrivent dans un contexte plus large. Dans un pays où plus de la moitié de la population active travaille dans l’économie informelle, beaucoup craignent d’être les oubliés des retombées économiques promises. Les critiques rappellent que de grands événements sportifs ont souvent été accompagnés d’expulsions et de déplacements, comme lors de la Coupe du monde 2014 au Brésil ou des Jeux olympiques de Paris en 2024.

À Mexico, où la hausse des loyers liée à l’afflux de touristes et d’expatriés alimente déjà les frustrations, la Coupe du monde ravive les inquiétudes. Pour des travailleuses comme Montserrat Fuentes ou des commerçants comme Esperanza Toribio, l’enjeu dépasse le sport : il s’agit de préserver leur moyen de subsistance. « Nous espérons simplement que, quand la Coupe du monde sera terminée, les choses redeviendront normales », confie Fuentes, redoutant d’être, une fois encore, déplacée au nom de l’image de la ville.

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