Des Palestiniens redoutent que l’élargissement du conflit déclenché par les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran ne relègue au second plan la situation précaire dans la bande de Gaza, un peu plus d’une semaine après que le président américain Donald Trump a obtenu des promesses de financement de plusieurs milliards de dollars pour la reconstruction du territoire et tenté de relancer la dynamique du cessez-le-feu.
Dans l’enclave palestinienne de plus de deux millions d’habitants, les habitants disent craindre un retour à la pénurie et à l’isolement, alors qu’Israël a fermé tous les points de passage à la suite des frappes du week-end. Beaucoup se sont précipités vers les marchés, hantés par les souvenirs des graves pénuries alimentaires subies l’an dernier pendant des mois de blocus israélien. Une partie de Gaza, autour de Gaza-ville, avait alors été classée en situation de famine.
« Quand les passages ferment, tout disparaît du marché », explique Osamda Hanoda, originaire de Khan Younès. « Les prix augmentent et les gens vivent dans la misère. »
Le cessez-le-feu fragile entre Israël et le Hamas avait permis une augmentation de l’aide humanitaire et des livraisons de biens essentiels, même si les Nations unies et leurs partenaires soulignent que les besoins restent immenses, des médicaments au carburant.
Depuis la fermeture des points de passage, les habitants recommencent à faire des stocks. Des informations font état d’une forte hausse des prix pour des produits de base, comme les sacs de farine. « Nous avons peur de ne plus trouver de lait, de couches pour les enfants, de nourriture et d’eau », confie Hassan Zanoun, déplacé de Rafah.
Les autorités israéliennes ont affirmé que les stocks alimentaires à l’intérieur du territoire devraient suffire « pour une période prolongée », sans préciser la date d’une éventuelle réouverture des passages. La rotation des travailleurs humanitaires a également été suspendue.
La guerre à Gaza a débuté après l’attaque menée par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Depuis, les restrictions sur l’entrée des personnes et des marchandises dans l’enclave ont rythmé le quotidien des habitants.
Il y a un mois, le poste-frontière de Rafah seul point de passage vers l’extérieur ne dépendant pas d’Israël avait rouvert, autorisant un flux limité et strictement contrôlé de Palestiniens dans les deux sens, sans transport de marchandises.
Désormais, tous les points de passage sont de nouveau fermés, en plein mois de ramadan, période de jeûne, de prière et de rassemblements familiaux. Les frappes contre l’Iran ont brusquement perturbé cette routine. « Tout le monde s’est précipité vers les marchés pour acheter et stocker », raconte Abeer Awwad, déplacée de Gaza-ville.
Selon le Programme alimentaire mondial, la situation alimentaire s’est légèrement améliorée depuis le cessez-le-feu : les ménages déclaraient en moyenne deux repas par jour en février 2026, contre un seul en juillet. Mais un foyer sur cinq ne consomme toujours qu’un seul repas quotidiennement.
La nouvelle escalade régionale complique la tâche des organisations humanitaires, alors que l’attention internationale se tourne vers l’Iran et les frappes qui se poursuivent à Téhéran, en Israël et ailleurs au Moyen-Orient.
Donald Trump a indiqué que les bombardements en Iran pourraient se poursuivre encore plusieurs jours, voire plus longtemps, tout en avertissant Téhéran de représailles d’une ampleur inédite en cas d’escalade.
Malgré l’élan diplomatique récent en faveur de Gaza, de nombreux obstacles demeurent : le désarmement du Hamas, le déploiement d’une force internationale de stabilisation et la mise en place effective d’un comité palestinien chargé de gouverner le territoire.
Pour certains habitants, toutefois, le conflit élargi présente un effet indirect : une baisse relative des opérations militaires israéliennes à proximité. « Les explosions et les destructions se font plus rares près de la ligne jaune », observe Ahmed Abu Jahl, en référence à la zone séparant les secteurs contrôlés par les forces israéliennes. « Les drones volent encore, mais ils sont moins nombreux. »
Reste que, pour beaucoup de Gazaouis, la crainte principale demeure celle d’être une nouvelle fois oubliés au cœur d’une région en guerre.