Un mécanisme biologique précis pousse l’organisme à manger moins lorsqu’il est malade. Selon les chercheurs, l’intestin enverrait un signal au cerveau pour réduire l’appétit, notamment pour les protéines, pendant la convalescence.
Un frein naturel à la consommation de protéines
Les travaux, publiés dans la revue Cell, montrent que ce phénomène est lié à la production d’ammoniaque, une substance toxique générée lors de la dégradation des protéines. L’équipe de recherche de l’université de Yale, dirigée par Nikolai Jaschke et Andrew Wang, a observé que des souris en état de convalescence développaient une aversion marquée pour les aliments riches en protéines, alors qu’elles consommaient normalement lipides et glucides. Les scientifiques ont identifié trois acides aminés à l’origine de cette réaction : la glutamine, la lysine et la thréonine. Ces acides aminés libèrent davantage d’ammoniaque que les autres lors de leur métabolisation. Le foie et les reins doivent ensuite la détoxifier, un processus qui augmente la fatigue et la déshydratation. L’organisme limite donc instinctivement la consommation de protéines pour éviter une surcharge.
Un dialogue entre intestin et cerveau
Les chercheurs ont également découvert qu’un récepteur spécifique situé dans le duodénum détecte la présence d’ammoniaque et transmet l’information au cerveau par l’intermédiaire du nerf vague. Cette communication active deux zones du tronc cérébral, connues pour réguler la satiété et les nausées, et entraîne une réduction immédiate de l’appétit. Lorsque les scientifiques ont désactivé ces neurones, les souris ont recommencé à consommer davantage de protéines. Cette observation confirme qu’il existe bien un axe de signalisation entre l’intestin et le cerveau qui ajuste la prise alimentaire en fonction de l’état de santé.
Vers une nouvelle approche nutritionnelle pour les patients en convalescence
Ces résultats pourraient bouleverser certaines pratiques hospitalières. Jusqu’à présent, les malades affaiblis recevaient souvent des repas enrichis en protéines pour compenser la fonte musculaire. Or, deux essais cliniques récents ont montré que cette stratégie pouvait ralentir la récupération. Selon les chercheurs, un régime adapté, limitant certains acides aminés pendant la phase de guérison, favoriserait au contraire la convalescence. Les scientifiques souhaitent désormais vérifier si ce mécanisme existe aussi chez l’être humain. Si tel est le cas, il pourrait ouvrir la voie à de nouvelles thérapies nutritionnelles, aussi bien pour accompagner les patients atteints de maladies aiguës que pour traiter certains troubles du comportement alimentaire comme l’anorexie ou la cachexie liée au cancer. Cette découverte, soutenue par les Instituts nationaux de la santé américains et la Fondation allemande pour la recherche, confirme à quel point le lien entre l’intestin et le cerveau joue un rôle central dans la santé physique et mentale.