À Caen, chacun connaît la silhouette massive de la tour du CHU, visible jusque depuis la mer. Haute de près de 90 mètres, forte de ses 23 étages et de son allure d’hôpital-paquebot des années 1970, elle s’apprête pourtant à vivre ses dernières années. Avec l’ouverture prochaine du nouveau site hospitalier, plus moderne et largement étalé, l’État, l’ARS et la direction du CHU ont officialisé ce qui semblait encore impensable il y a quelques mois : la tour sera détruite. Reste à décider comment. Foudroyage, démolition étage par étage, désamiantage massif… aucune option n’est simple pour venir à bout d’un bâtiment aussi imposant.
Un géant chargé d’histoires et de souvenirs
Pensée par les architectes Henri Bernard et Pierre Dureuil, la tour de la Côte de Nacre est un symbole pour plusieurs générations de soignants. Clément Boisgontier, ancien urgentiste, se souvient d’un hôpital « fonctionnel mais déroutant », construit selon un plan en H où les quatre ailes identiques pouvaient perdre plus d’un visiteur. Les soignants s’orientaient grâce aux numéros d’unité que seuls les habitués savaient interpréter, quand les patients erraient souvent dans ce que beaucoup décrivent comme un labyrinthe vertical. Au Samu, José Monteiro, quarante-deux ans de carrière au compteur, évoque en riant « la galette », l’espace circulaire des premiers niveaux, que seuls ceux du site maîtrisaient vraiment.
Malgré son charme brutaliste et la nostalgie qu’elle inspire, la tour n’est plus adaptée aux normes hospitalières actuelles. Ses chambres doubles, ses volumes figés et son vieillissement général en font un mastodonte devenu obsolète. Et sa démolition s’annonce comme un chantier colossal, technique, coûteux et inédit pour la ville. Reste maintenant à décider comment abattre sans risque un bâtiment qui, pendant cinquante ans, aura dominé Caen comme un phare.