L’une des planches originales de Tintin au pays de l’Or noir, estimée entre 300 000 et 500 000 euros, n’a pas trouvé preneur lors de la vente aux enchères organisée le 19 novembre à Neuilly-sur-Seine. Jugée rare et précieuse, l’œuvre d’Hergé n’a pourtant pas atteint son prix de réserve, ce qui empêche sa vente selon les règles du marché.
Une pièce rare mais un public frileux
La planche VII de l’album Tintin au pays de l’Or noir, dessinée à l’encre de Chine par Hergé, avait tout pour séduire les collectionneurs. Publiée en 1939 dans Le Petit Vingtième, retouchée en 1948 pour Le Journal de Tintin, puis incluse dans l’édition Casterman de 1950, cette version est considérée comme un témoin unique du processus créatif de l’auteur. Présentée sans texte dans les bulles, elle permet d’apprécier chaque étape du travail de Hergé : traits au crayon, encrage, retouches à la gouache blanche. Selon Pauline Testut, experte en BD interrogée par France Inter, « on a vraiment l’objet d’art à l’origine de l’album ».
Malgré cette valeur historique et artistique, les enchères n’ont pas dépassé le seuil requis. Lancée à 260 000 euros par la maison Aguttes, la vente n’a pas suscité de surenchère suffisante pour atteindre le prix de réserve fixé par le vendeur. Ce dernier, estimant que l’œuvre valait au minimum 300 000 euros, a donc refusé de conclure la vente.
Un marché en tension mais pas sans rebond possible
Ce revers ne signifie pas la fin du parcours pour cette pièce. Comme l’a précisé France Bleu Paris, la planche peut encore faire l’objet d’une négociation de gré à gré dans les quinze jours suivant la vente. Si un acquéreur potentiel se manifeste, la maison Aguttes transmettra l’offre au vendeur, qui pourra alors décider de la céder en dehors du cadre classique des enchères.
L’échec relatif de cette vente contraste avec l’engouement que suscitent généralement les œuvres d’Hergé sur le marché. En 2021, un dessin pour la couverture du Lotus Bleu avait été adjugé à plus de trois millions d’euros. D’autres planches ont dépassé le million, comme celle de On a marché sur la Lune, vendue 1,55 million d’euros en 2016. La planche de Tintin restée invendue s’inscrit donc dans un marché très volatil, où la rareté ne suffit pas toujours à garantir un succès immédiat.
Dans le même temps, d’autres œuvres ont su tirer leur épingle du jeu. Une demi-planche d’Astérix issue de Rentrée Gauloise, estimée entre 40 000 et 60 000 euros, a été vendue pour plus de 73 000 euros. Un contraste qui montre que la BD franco-belge continue d’attirer les amateurs, mais que tous les héros ne rencontrent pas la même fortune sous le marteau du commissaire-priseur.