Le 8 novembre 392, l’empereur Théodose Ier proclame le christianisme religion d’État et interdit l’ensemble des cultes païens encore pratiqués dans l’Empire romain. Ce décret, marquant l’aboutissement d’un siècle de transformations religieuses, fait du Dieu unique des chrétiens la seule divinité légitime de Rome. Désormais, les sacrifices aux anciens dieux sont proscrits et leurs temples condamnés à la ruine. Ce tournant, à la fois politique et spirituel, consacre la victoire du christianisme mais annonce aussi la fin de la tolérance religieuse héritée de l’Antiquité.
Des persécutés aux maîtres de l’Empire
Un siècle plus tôt, les chrétiens vivaient encore dans la clandestinité, soumis à la répression des empereurs païens. Sous Dioclétien, au début du IVᵉ siècle, les Églises sont fermées et les fidèles pourchassés. Le vent tourne en 313, lorsque Constantin le Grand, vainqueur de la bataille du Pont Milvius, accorde la liberté de culte à toutes les religions par l’édit de Milan. Le christianisme, alors minoritaire, sort de l’ombre et s’étend dans tout l’Empire, porté par un clergé organisé et un idéal de fraternité. En 380, Théodose franchit une étape décisive : par l’édit de Thessalonique, il déclare que la foi chrétienne conforme au credo de Nicée celle qui affirme la Trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit est la seule véritable religion. Douze ans plus tard, il achève cette œuvre en interdisant définitivement les cultes païens.
L’unité religieuse au service du pouvoir
Théodose, soucieux d’unifier un empire affaibli par les divisions internes et les menaces barbares, voit dans le christianisme un outil de cohésion. En imposant une doctrine unique, il espère mettre fin aux querelles théologiques entre les différentes Églises, tout en s’assurant du soutien moral d’un clergé en plein essor. Le titre de « Pontifex Maximus », autrefois symbole du culte impérial, perd son sens face à un souverain désormais défenseur de la foi chrétienne. Mais cette volonté d’unité engendre aussi la répression : les temples antiques sont fermés, les cérémonies traditionnelles abolies et les derniers prêtres païens persécutés. À Alexandrie, Athènes ou Rome, des émeutes éclatent entre fidèles de l’ancienne religion et chrétiens fanatisés.
La fin des dieux de Rome
Le décret de 392 met un terme à plus de mille ans de polythéisme romain. Les divinités de l’Olympe, jadis honorées dans tout l’Empire, deviennent des figures du passé. Le mot « païen », dérivé du latin paganus (le paysan), désigne désormais ceux qui refusent la foi nouvelle. En moins d’un siècle, la croix a remplacé l’aigle impérial sur les étendards. L’empereur Julien, dit « l’Apostat », avait bien tenté quelques décennies plus tôt de restaurer les anciens cultes, mais sa mort prématurée avait scellé l’échec du retour au paganisme. Sous Théodose, le christianisme n’est plus seulement toléré : il devient la loi de l’Empire. Ce 8 novembre 392 marque ainsi la fin du monde antique et le commencement de la chrétienté médiévale, où l’Église et l’État s’uniront durablement dans un même pouvoir spirituel et politique.