Élu président de l’Association Franco-Ukrainienne Côte d’Azur (AFUCA) le 20 novembre dernier, Oleg Mazur prend officiellement la succession d’Irina Podiryako, qui vient d’être nommée Consule honoraire d’Ukraine à Nice. Cette passation marque un tournant pour l’association, avec un renouvellement à sa tête tout en conservant une certaine continuité. En exclusivité pour Entrevue, Oleg Mazur nous parle de son ambition et ses projets en tant que président…
Entrevue : Vous venez d’être élu président de l’AFUCA. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Oleg Mazur : Pour moi, ce n’est pas seulement une élection, c’est un honneur immense et une grande responsabilité. L’AFUCA existe depuis 2016 et a toujours été un pilier pour les Ukrainiens de la Côte d’Azur. J’ai la fierté d’avoir contribué personnellement à sa création.
Vous vous souvenez des débuts de l’association ?
À l’époque, nous étions moins de dix personnes, des passionnés convaincus qu’il fallait créer une structure ukrainienne à Nice afin de nous distinguer clairement de la communauté russe. Ensemble, nous avons fondé l’École ukrainienne de l’association et, au printemps 2017, j’ai proposé d’organiser le premier festival ukrainien KobzART. Nous l’avons monté en seulement trois semaines, et il est devenu depuis l’un des événements culturels ukrainiens les plus importants dans le sud de la France.
J’imagine que votre élection a pour vous une grande portée symbolique ?
Oui. J’ai été vice-président pendant plusieurs années, puis j’ai aussi contribué sans avoir de fonction officielle, mais toujours aux côtés de l’équipe, impliqué dans toutes les décisions importantes. C’est pourquoi succéder à Irina Podiryako représente pour moi une grande valeur symbolique. Aujourd’hui investie de nouvelles responsabilités en tant que Consule honoraire d’Ukraine à Nice, elle reste néanmoins dans notre équipe, désormais encore plus forte. Après mon élection par le conseil de surveillance, j’ai garanti que la ligne de l’AFUCA resterait inchangée : défendre les intérêts ukrainiens en France et poursuivre notre action humanitaire.
« Notre École ukrainienne, qui comptait à ses débuts une dizaine d’enfants, en accueille aujourd’hui plus de 60. »
Nous allons revenir sur ses quatre points. Pour commencer, comment définiriez-vous aujourd’hui le rôle et l’évolution de l’association depuis sa création ?
Lorsque nous avons créé l’AFUCA en 2016, notre objectif premier était la protection de notre culture, de notre langue et de notre identité. Depuis février 2022, cette mission s’est considérablement élargie. Nous travaillons désormais sur quatre axes principaux. L’accompagnement et l’intégration des Ukrainiens en France, le travail avec les enfants, l’aide humanitaire et les projets culturels.

Comment l’AFUCA soutient-elle concrètement les familles ukrainiennes dans leur installation en France ?
Nous aidons les familles pour les documents administratifs, l’assurance maladie, les aides sociales, l’inscription des enfants à l’école. Nos cours de français accueillent chaque année jusqu’à 150 adultes, facilitant leur intégration et leur insertion professionnelle.
Quelles actions menez-vous pour préserver la culture ukrainienne chez les plus jeunes ?
Notre École ukrainienne, qui comptait à ses débuts une dizaine d’enfants, en accueille aujourd’hui plus de 60. Grâce aux cours, aux ateliers et aux fêtes nationales, les enfants préservent leur identité ukrainienne même loin de leur pays. Nous soutenons également les enfants restés en Ukraine, notamment ceux ayant perdu leur père au front.
« Nous distribuons des colis alimentaires à Nice et envoyons régulièrement de l’aide en Ukraine. »
Quels types d’aide humanitaire l’AFUCA fournit-elle depuis 2022 ?
Nous distribuons des colis alimentaires à Nice et envoyons régulièrement de l’aide en Ukraine. Depuis 2022, 39 camions ont été expédiés, ainsi que des minibus hebdomadaires chargés de colis. J’en suis personnellement très fier.

Comment vos actions culturelles contribuent-elles au rayonnement de l’Ukraine en France ?
Le festival KobzART ne cesse de prendre de l’ampleur, attirant Ukrainiens et Français. Tout au long de l’année, nous organisons des manifestations, des expositions, des concerts, des projections, des ateliers et des soirées littéraires. Nous montrons à la France les traditions ukrainiennes et l’Ukraine contemporaine. La culture est notre manière de rappeler au monde qui nous sommes.
Comment envisagez-vous l’évolution de vos projets actuels ?
Nous souhaitons conserver et renforcer ces quatre directions. Nous continuerons d’accompagner les enfants, de soutenir les familles, d’offrir des consultations administratives, environ 5 500 par an, et de poursuivre nos collectes humanitaires. Côté culture, nous prévoyons d’élargir notre présence au-delà de Nice. Un exemple : l’exposition du peintre ukrainien Oleksa Hryshchenko à Cagnes-sur-Mer, un projet sur lequel Irina Podiryako travaille depuis plusieurs années, dont l’inauguration est prévue pour mars 2026. Nous nous réjouissons également de l’apparition de nouvelles associations ukrainiennes et de la multiplication des entreprises créées par des Ukrainiens. La communauté ukrainienne du sud de la France grandit et se renforce. AFUCA reste ouverte à toutes les collaborations pour que la voix de l’Ukraine résonne encore plus fort en France.
« Nous avons un projet ambitieux : créer un Centre Ukrainien sur la Côte d’Azur. »
Quels grands projets structurants souhaitez-vous mettre en place pour la communauté ?
Nous avons un projet ambitieux : créer un Centre Ukrainien sur la Côte d’Azur. Ce centre rassemblerait un espace culturel, un service d’aide administrative, l’École ukrainienne et ses ateliers, une galerie pour expositions, un lieu d’accueil du Consul honoraire et un espace pour rencontres professionnelles. Nous recherchons aujourd’hui des investisseurs ou mécènes pour acquérir ou louer un espace à long terme. Ce centre ouvrirait des perspectives immenses : soutien à la communauté, rayonnement culturel, et rapprochement entre l’Ukraine et la France. Nous préparons également des événements annuels de haut niveau et de nouveaux partenariats, notamment dans le cadre de la future reconstruction de l’Ukraine. Notre coopération avec les mairies, la préfecture des Alpes-Maritimes, les associations françaises et les entreprises locales continuera de se renforcer.
Comment s’organise votre engagement direct en soutien aux soldats et aux civils depuis le début de la guerre ?
Dès les premiers jours de l’invasion, aider nos soldats est devenu ma priorité. Lorsqu’un pays se bat pour sa survie, chaque citoyen doit contribuer. Grâce aux militaires, nous pouvons vivre, travailler, entreprendre. J’ai vu énormément de besoins, mais aussi un courage incroyable. Je tente de répondre à chaque demande : parfois j’achète moi-même, parfois je sollicite mes amis, partenaires, ou j’ouvre une collecte. Un exemple : mon ami Dmytro, qui combat en Ukraine. Je lui ai promis que si son unité lançait une collecte, ma société doublerait la somme réunie. Ils ont récolté 550 000 UAH, que nous avons doublés. Grâce à cela, plus de 40 drones FPV ont été achetés et servent aujourd’hui sur le front. Depuis le début de la guerre, nous avons fourni dizaines de générateurs et stations de recharge, drones et Starlinks, vêtements, casques, rangers et équipements, plus de 10 pick-up, et notre entreprise de transport a acheminé gratuitement environ 300 tonnes d’aide humanitaire Pour moi, ce n’est pas de la charité « pour la forme ». C’est notre devoir moral envers ceux qui risquent leur vie chaque jour. Nous continuerons jusqu’à la victoire.

Pour terminer, on peut penser que votre engagement demande énormément d’énergie. Comment évitez-vous l’épuisement ?
Ma plus grande force vient de ma foi en Dieu et de ma famille. La foi guide mon travail et ma manière de servir les autres. Au centre de ma vie se trouve ma famille : ma femme, Diana, avec qui nous avons traversé de nombreuses épreuves, et nos trois enfants, Artem seize ans, Elizabeth huit ans et Daniel six ans. Ils sont notre joie, notre inspiration et un rappel quotidien de la fidélité de Dieu. La famille n’est pas une partie de ma vie : elle en est le cœur. Grâce à leur soutien, j’essaie de faire mon travail de manière à laisser quelque chose de vraiment précieux derrière moi.
BIOGRAPHIE
Oleg Mazur (@olegmazur_) est originaire d’Ukraine, où il a grandi au sein d’une famille valorisant la responsabilité, la culture et l’engagement citoyen. Installé sur la Côte d’Azur depuis plusieurs années, il est rapidement devenu l’un des membres les plus impliqués de la communauté ukrainienne locale. Entrepreneur de métier et volontaire par passion, il s’engage activement dans de nombreuses actions humanitaires, venant en aide aux civils et aux militaires touchés par la guerre en Ukraine. Marié et père de trois enfants, sa famille représente pour lui une source de force et un véritable point d’ancrage.

