Le président français Emmanuel Macron a lancé un avertissement clair vendredi soir à Singapour : les États-Unis et les nations de l’Indo-Pacifique risquent de commettre une grave erreur en délaissant le soutien à l’Ukraine pour concentrer leurs efforts sur une éventuelle confrontation avec la Chine. Selon lui, une telle posture affaiblirait la crédibilité occidentale et compromettrait la stabilité mondiale.
Lors d’un discours prononcé en anglais devant un large auditoire au principal forum de sécurité de la région, le Dialogue Shangri-La, Macron a mis en garde contre une forme de « double standard » qui consisterait à tolérer une agression territoriale en Ukraine tout en affirmant vouloir dissuader une invasion de Taïwan. Il a notamment interpellé les participants : « Si vous laissez la Russie s’emparer d’une partie du territoire ukrainien sans réaction internationale, comment comptez-vous répondre si demain la Chine agit de même en Asie ? »
Le discours a été prononcé en présence du secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth, alors que Washington envisage de retirer des troupes d’Europe pour renforcer sa présence en Indo-Pacifique. Cette évolution, couplée aux menaces tarifaires fluctuantes de Donald Trump, suscite des inquiétudes croissantes parmi les alliés européens et asiatiques. Macron a dénoncé cette instabilité : « Nous voulons coopérer, mais nous ne voulons pas que notre quotidien soit dicté par les décisions d’une seule personne. »
La France, qui entretient une présence historique dans l’Indo-Pacifique avec 1,6 million de ressortissants dans la région, entend jouer un rôle équilibré, ni aligné sur la Chine ni sur les États-Unis. Elle a récemment conclu une mission de cinq mois de son groupe aéronaval dans la région, affirmant son engagement pour un ordre international fondé sur des règles.
Macron a aussi averti que l’inaction chinoise face à l’implication de la Corée du Nord dans la guerre en Ukraine pourrait justifier un rôle accru de l’OTAN en Asie, une idée à laquelle il s’était pourtant jusqu’ici opposé. « Si la Chine ne veut pas de l’OTAN en Asie, alors elle doit empêcher la Corée du Nord de participer au conflit en Europe », a-t-il déclaré.
Son message a été renforcé par les propos du Premier ministre de Singapour, Lawrence Wong, qui a défendu une stratégie régionale fondée sur des partenariats multiples, plutôt qu’une dépendance à un seul acteur. Ensemble, ils ont plaidé pour une coopération fondée sur la stabilité, la croissance et un multilatéralisme inclusif.
Alors que le conflit en Ukraine, les tensions en mer de Chine méridionale, les troubles à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, et les confrontations récentes entre l’Inde et le Pakistan ravivent les inquiétudes sécuritaires, Macron a rappelé que ces crises sont interconnectées. Ignorer l’une d’elles, selon lui, affaiblirait la réponse collective face aux autres.