Face à la saturation des prisons françaises, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a présenté ce lundi sur RTL une série de mesures visant à créer rapidement des places supplémentaires, parmi lesquelles figure une idée inattendue : reconvertir certains Ehpad inoccupés en établissements pénitentiaires pour détenus à faible dangerosité.
Une situation critique
La France continue de faire face à une situation critique en matière de surpopulation carcérale. Selon les derniers chiffres du ministère de la Justice, plus de 77 000 personnes sont actuellement incarcérées pour environ 61 000 places disponibles, avec un taux d’occupation dépassant 120 % dans certains établissements. Ce phénomène, régulièrement dénoncé par des ONG comme l’Observatoire international des prisons, alimente des conditions de détention jugées “indignes” par le Conseil de l’Europe.
Des Ehpad transformés en centres de détention : une solution express ?
Interrogé ce matin sur RTL, Gérald Darmanin a évoqué la piste de réaménager certains Ehpad récemment fermés pour accueillir des détenus non violents. « Il s’agit d’une solution rapide pour des profils qui ne présentent pas de danger pour la société, comme les personnes condamnées pour des délits routiers ou des faits mineurs », a précisé le ministre.
Cette proposition s’inscrit dans une volonté plus large de « différencier les niveaux de dangerosité » parmi les détenus, a-t-il ajouté. En France, contrairement à d’autres pays européens, les profils très variés de prisonniers (du terroriste au contrevenant routier) partagent souvent les mêmes espaces de détention, ce que Darmanin qualifie de « non-sens sécuritaire ».
Des prisons « à taille humaine » pour les petits délits
Le ministre affirme vouloir accélérer la construction d’établissements adaptés à différents profils carcéraux. Une nouvelle prison de haute sécurité doit ainsi voir le jour dès le 31 juillet, spécifiquement pensée pour les trafiquants de drogue et détenus violents. Parallèlement, des structures « à taille humaine » pourraient émerger pour les condamnés sans dangerosité particulière, à l’image des maisons d’arrêt plus petites, similaires à certaines expériences menées aux Pays-Bas ou en Norvège.
Un appel aux partenaires européens pour “externaliser” une partie de la détention
Autre proposition : l’externalisation de certaines peines. Emmanuel Macron avait récemment évoqué la possibilité de louer des places de prison à l’étranger. Une idée confirmée par Darmanin : « Nous avons proposé à l’Espagne et à l’Allemagne de nous céder des centaines, voire des milliers de places, notamment dans des zones frontalières », a-t-il expliqué. Toutefois, cette mesure se heurte à des obstacles juridiques, notamment liés au droit européen et à la nécessité de garantir le maintien des liens familiaux.
Vers une construction accélérée des prisons ?
La France ambitionne également de réduire drastiquement les délais de construction de nouvelles prisons. « Nous avons eu dix entreprises prêtes à construire des établissements en un an et demi, au lieu des sept années habituelles », a affirmé le ministre. Le coût serait divisé par deux, passant de 400 000 à 200 000 euros la place.