Vingt-six jours déjà. Depuis sa nomination à Matignon, Sébastien Lecornu tente sans relâche de former un gouvernement. Mais à deux jours de sa déclaration de politique générale prévue ce mardi devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre est toujours seul à la barre. Et plus les heures passent, plus le blocage politique s’installe. Emmanuel Macron, lui, s’impatiente. Selon l’un de ses proches, le chef de l’État a fixé une limite claire : un gouvernement avant la fin du week-end (Ndlr: ce qui est peu probable), quitte à le dévoiler lundi matin au plus tard.
Le problème ? Les Républicains de Bruno Retailleau entretiennent le suspense et refusent de s’engager tant qu’ils n’auront pas obtenu des garanties écrites. La réunion cruciale de leur direction, initialement prévue samedi soir, a été reportée à ce dimanche. « Les échanges avec Matignon doivent encore se poursuivre », a justifié le chef de LR, qui réclame noir sur blanc une feuille de route détaillant les priorités de l’exécutif. Parmi ses exigences : une reprise en main de la politique migratoire, la réforme de l’aide médicale d’État, le rétablissement du délit de séjour irrégulier, et le contrôle intégral des visas par Beauvau. Autant de conditions qui freinent la naissance du gouvernement Lecornu.
Les centristes s’impatientent, la gauche menace
Pendant ce temps, le Premier ministre continue d’empiler les réunions et les coups de fil. L’équation qu’il doit résoudre relève du casse-tête : concilier une droite méfiante, une gauche menaçante et des alliés centristes de plus en plus nerveux. Samedi, le MoDem de François Bayrou a haussé le ton à son tour. Dans une lettre adressée à Matignon, les députés du mouvement ont demandé « une clarification sur le fond » avant d’envisager leur soutien. « Il ne serait pas acceptable que le pacte du bloc central devienne une simple variable d’ajustement entre la droite et le PS », prévient leur chef de file Marc Fesneau, qui exige des précisions sur la méthode, l’orientation budgétaire et la composition du futur gouvernement.
De son côté, la gauche prépare déjà la riposte. Olivier Faure, patron du Parti socialiste, menace de déposer une motion de censure si « la donne ne change pas ». Même le ton ironique de Fabien Roussel, qui qualifie Lecornu de « magicien » pour son renoncement au 49.3, masque mal une colère diffuse dans les rangs de l’opposition. À Matignon, le climat est électrique. Certains conseillers parlent d’une « course contre la montre », d’autres d’un « baptême du feu politique ».
À 39 ans, Sébastien Lecornu joue gros. Il avait promis une gouvernance apaisée et un exécutif resserré autour de 25 ministres. Mais sans accord avec LR, il pourrait se retrouver contraint de présenter mardi une déclaration de politique générale sans gouvernement complet, une première sous la Ve République. Le macronisme de compromis qu’il prône risque de se fracasser sur la réalité arithmétique d’une Assemblée sans majorité. Dimanche, tout se jouera : soit Lecornu parvient enfin à boucler son équipe, soit il entre dans l’Hémicycle affaibli, exposé à la censure et au ridicule d’un pouvoir paralysé avant même d’avoir commencé à gouverner.