Le 23 octobre 2025, Les Contemplations de Victor Hugo paraissent dans une version inédite aux éditions Diane de Selliers. Cette édition exceptionnelle associe 92 poèmes du recueil à 136 photographies réalisées entre 1826 et 1910. Un dialogue inédit s’instaure entre la puissance poétique du texte et l’apparition du médium photographique, que Hugo appelait déjà “images faites en collaboration avec le soleil”.
Quand la poésie épouse la lumière
Conçue comme un véritable album sensible, cette édition ambitieuse s’inscrit dans une volonté ancienne de Hugo lui-même : associer sa parole poétique à l’image photographique. Le poète, s’il ne photographia jamais, en fut l’un des premiers fervents admirateurs. En exil à Jersey, il posait pour son fils Charles Hugo ou son ami Auguste Vacquerie, dans des mises en scène qu’il savait hautement symboliques. C’est cette intuition artistique que ressuscite l’ouvrage publié aujourd’hui : relier le lyrisme des vers à la clarté ou à la pénombre saisies par des figures majeures de la photographie naissante comme Gustave Le Gray, Julia Margaret Cameron, Nadar, Roger Fenton ou encore Carleton Watkins.
Le livre propose une véritable traversée visuelle et émotionnelle du XIXe siècle. Chaque image, choisie parmi les collections publiques et privées d’Europe et d’Amérique, fait écho à la densité émotionnelle des poèmes : le deuil de Léopoldine, la révolte, les visions métaphysiques, ou encore l’éveil du désir. À travers 400 pages, le recueil devient un voyage autant littéraire que visuel. Il se présente sous coffret, en grand format (24,5 × 33 cm), et comporte également des notices biographiques des 85 photographes, un glossaire des techniques (du daguerréotype à l’impression albuminée), et une chronologie croisée de la vie de Hugo et de son époque.
Le livre que Victor Hugo rêvait d’écrire
Florence Naugrette, professeure à la Sorbonne et spécialiste de Victor Hugo, signe une introduction intitulée Comme un album, dans laquelle elle rappelle que Les Contemplations sont avant tout “les mémoires d’une âme”. Elle souligne comment la structure du recueil – en deux livres, Autrefois et Aujourd’hui – fonctionne déjà comme un récit visuel, avec ses datations précises, ses lieux mentionnés, sa mise en scène du moi. La photographie prolonge cette logique : elle cadre, fixe, et donne à voir l’invisible du poème.
Hélène Orain Pascali, historienne de l’art, revient dans sa propre introduction sur la genèse de la photographie et son élan artistique naissant. Le volume retrace ainsi en filigrane l’histoire d’un médium qui, comme la poésie hugolienne, cherche sa légitimité : passer du document à l’œuvre d’art, du témoignage à la vision.
Le résultat est saisissant : la vague de Le Gray répond à la mer tourmentée d’un poème, le dos drapé de Marie Laurent saisi par Nadar dialogue avec un vers d’amour mélancolique, une éclipse photographiée par Watkins s’insère dans une méditation cosmique de Hugo. Loin d’illustrer servilement le texte, les images l’amplifient, le prolongent, parfois même l’interrogent. Comme l’écrit l’éditrice Diane de Selliers : « Hugo écrivait en noir et blanc. La photographie aussi. »
Cette édition, fruit de trois ans de recherches iconographiques, rend enfin possible un projet inabouti du vivant de Hugo : mêler le verbe et la lumière. Et pour les bibliophiles, une version de prestige, tirée à 100 exemplaires, inclut une photographie originale de Gustave Le Gray (Arbre, forêt de Fontainebleau, vers 1856), comme pour rappeler que l’émotion peut naître autant d’un vers que d’une ombre sur papier.