Huit mois après les premières alertes et alors qu’une enquête judiciaire est en cours, le Théâtre du Soleil se voit contraint de lancer un audit externe. La décision, demandée par le ministère de la Culture à la suite de nouvelles révélations publiées par Mediapart — qui a recueilli les témoignages de plusieurs anciennes salariées et bénévoles — plonge à nouveau la troupe d’Ariane Mnouchkine dans la tourmente.
Des témoignages qui relancent la crise
Selon l’enquête de Mediapart, huit femmes décrivent des violences sexuelles allant du harcèlement jusqu’au viol, parfois lorsqu’elles étaient mineures, mettant en cause deux comédiens aujourd’hui partis de la troupe. Ces révélations s’ajoutent au témoignage public d’Agathe Pujol, entendu fin mars par la commission d’enquête parlementaire sur les violences sexuelles dans la culture, où elle avait décrit des « dérives sexuelles » et affirmé avoir subi une tentative de viol en 2010 lorsqu’elle était bénévole — des propos rapportés exclusivement par sa déclaration officielle devant la commission.
Ce signalement a conduit l’été dernier à l’ouverture d’une enquête confiée à la Brigade de protection des mineurs, comme l’a précisé le parquet à l’AFP. Face à cette succession d’allégations, la compagnie a réagi en reconnaissant « l’extrême gravité » des faits rapportés tout en rejetant, dans un communiqué cité par Le Figaro, l’idée d’un système organisé ou d’une culture d’abus au sein de la troupe.
Un audit conditionnant les subventions, et une organisation à repenser
Le ministère de la Culture a exigé que l’audit soit mené par un organisme totalement indépendant, a confirmé l’institution à l’AFP. Ariane Mnouchkine a indiqué que ce travail débuterait la semaine du 15 décembre. Il devra examiner les conditions de travail, les modalités d’encadrement des bénévoles et le fonctionnement global de la compagnie. Le versement des subventions dépendra de la transmission des conclusions et de la mise en place de mesures correctives.
Une enquête interne, lancée au printemps après les propos d’Agathe Pujol, avait déjà permis de recueillir une soixantaine de témoignages, selon les informations fournies par Ariane Mnouchkine à l’AFP. Deux membres avaient alors été exclus, et une référente dédiée aux questions de violences sexuelles avait été nommée.
Malgré la crise, la troupe prépare la suite de sa programmation : un nouveau volet d’Ici sont les dragons doit être présenté début mars à la Cartoucherie. Reste à savoir comment cet audit — inédit dans l’histoire du Théâtre du Soleil, fondé en 1964 et longtemps perçu comme un lieu d’utopie artistique — reconfigurera la vie interne d’une compagnie aujourd’hui confrontée à l’une des plus profondes secousses de son existence.