Au cœur du Paris des années 1980, une boutique de fripes du 10e arrondissement est devenue sans le vouloir un épicentre de la culture hip-hop naissante. Le docu-fiction Ticaret, diffusé sur Canal+, retrace cette aventure hors du commun dans un film aussi original que vibrant.
Une boutique, un duo, un mouvement
Installé rue du Château-Landon en 1986, Ticaret n’avait rien d’un projet culturel à ses débuts. Le magasin, monté par Dan Fourneuf, électricien passionné de rollers, et Françoise Hautot, ex-mannequin reconvertie dans la fripe new-yorkaise, visait simplement à vendre des vêtements d’occasion. Mais leur flair les pousse rapidement à ramener des pièces emblématiques vues dans les clips de Run DMC, LL Cool J ou Public Enemy : blousons bombers, bagues XXL, bonnets Kangol… Les jeunes amateurs de hip-hop accourent.
Dans le documentaire réalisé par J.O.E. l’Extraterrestre, de son vrai nom Joseph Cahill, plusieurs figures majeures du rap français reviennent sur l’importance de ce lieu. Booba, par exemple, y a effectué un stage à 17 ans. « Il n’était pas au-dessus des autres, il était déjà sur une autre planète », se souvient Dan. Le magasin devient un lieu de passage obligé, un laboratoire de style et de son, une plaque tournante plus qu’une simple boutique.
Une mémoire vivante du hip-hop en France
Ticaret n’a pas seulement vu défiler des clients, il a accueilli des rencontres, des créations, des collaborations. JoeyStarr, Oxmo Puccino, Cut Killer, Solo de Assassin, ou encore Sear du fanzine Get Busy évoquent ce lieu comme un carrefour, un point de contact entre Paris, New York et le futur. On y écoutait les dernières mixtapes, on y imprimait des t-shirts, on y échangeait les dernières nouvelles de la scène.
Le film, diffusé depuis le 24 novembre sur Canal+, mêle témoignages, reconstitutions jouées, collages visuels et narration de Reda Kateb. Le réalisateur a expliqué à Diverto avoir voulu “mêler les arts visuels et le hip-hop” pour raconter cette histoire fondatrice. L’esthétique audacieuse du documentaire pallie la rareté des images d’époque, et permet de rendre hommage à une époque pionnière. Fermée en 1996, Ticaret a laissé une empreinte indélébile sur la scène française. « J’ai compris que le magasin était devenu mythique quand on a fermé », confie Dan.