L’actrice américaine se lance dans la réalisation avec Eleanor The Great, une œuvre sensible et pudique, centrée sur l’amitié, le deuil et la mémoire. Sélectionné dans la section Un Certain Regard à Cannes et sacré Prix du public à Deauville, ce premier long-métrage de Scarlett Johansson sortira en salles le 19 novembre 2025.
Une héroïne de 94 ans confrontée à la solitude et au mensonge
Le film suit le quotidien d’Eleanor Morgenstein, une New-Yorkaise de 94 ans qui, après le décès de sa plus fidèle amie Bessie, s’installe chez sa fille à Manhattan. Menacée d’être placée en maison de retraite, elle tente de retrouver un peu de lien social au centre communautaire juif du quartier. C’est là que, par accident, elle se retrouve intégrée à un groupe de rescapés de la Shoah. Pour ne pas se sentir exclue, elle se met à raconter l’histoire de Bessie comme si c’était la sienne.
Ce récit emprunté devient vite incontrôlable lorsqu’une jeune étudiante, Nina, endeuillée elle aussi, décide de faire de l’histoire d’Eleanor le sujet de son mémoire universitaire. Une amitié sincère naît entre les deux femmes, malgré leurs générations opposées, renforçant la culpabilité d’Eleanor. Le film explore ainsi les mécanismes du mensonge bien intentionné et les dilemmes moraux qui en découlent, dans une atmosphère empreinte de délicatesse.
Un film sur la mémoire, la vieillesse et la rédemption
Au-delà de cette intrigue singulière, Eleanor The Great évoque des thèmes rarement abordés avec autant de finesse au cinéma : le poids de la mémoire, la fin de vie, les liens familiaux complexes, et la transmission intergénérationnelle. Johansson aborde la Shoah avec une grande pudeur, en s’entourant de véritables survivants, rencontrés via la Fondation pour la mémoire de la Shoah, pour les scènes tournées dans le centre culturel. Ce choix confère au film une authenticité et une gravité touchantes.
L’histoire d’Eleanor est librement inspirée de la grand-mère de la scénariste Tory Kamen, ainsi que de celle de Scarlett Johansson, à qui le film est dédié. La cinéaste souhaitait, selon ses mots, “rendre hommage à ces femmes fortes et indépendantes, trop souvent reléguées au second plan”. Le rôle principal est brillamment incarné par June Squibb, 96 ans, qui prête à son personnage une vivacité espiègle et une fragilité bouleversante. À ses côtés, Erin Kellyman, dans le rôle de Nina, brille par sa justesse, et leur duo offre certaines des scènes les plus poignantes du film.
Tourné à New York au printemps 2024, notamment à Coney Island, Eleanor The Great bénéficie de la photographie élégante d’Hélène Louvart, qui magnifie les rues de Manhattan. La musique, parfois un peu appuyée, souligne néanmoins la tendresse du récit, qui s’inscrit dans la veine des drames intimistes des années 1990. Pour son passage derrière la caméra, Johansson signe un film profondément humain, où même les faux-semblants finissent par révéler une sincérité inattendue.