À l’écran depuis le 19 novembre, Running Man, nouvelle adaptation du roman dystopique de Stephen King, s’empare avec force des tensions de notre époque. Réalisé par Edgar Wright, ce film nerveux et politique, porté par Glen Powell, modernise le matériau d’origine tout en renouant avec sa noirceur initiale.
Une version plus fidèle et actuelle du roman
Oubliée l’adaptation musclée de 1987 avec Schwarzenegger : en 2025, Running Man retrouve l’essence du livre publié en 1982 par King sous le pseudonyme Richard Bachman. Le cinéaste britannique Edgar Wright (Hot Fuzz, Baby Driver) se réapproprie cette histoire de chasse à l’homme télévisée en y injectant ses obsessions visuelles et sonores, mais aussi une conscience politique accrue.
Dans un futur où les États-Unis sont broyés par le corporatisme, la misère et un écran omniprésent baptisé le Libertel, Ben Richards, père démuni et ouvrier au chômage, accepte de participer à une émission de survie diffusée en direct, afin d’obtenir les fonds nécessaires pour soigner sa fille. Pour gagner : survivre 30 jours face à des tueurs lancés à ses trousses, tout en envoyant deux vidéos quotidiennes. En incarnant ce protagoniste désespéré, Glen Powell livre une performance intense, entre humour noir et rage viscérale. Sa trajectoire, jalonnée de rencontres et de trahisons, devient le fil rouge d’un pamphlet contre une société du spectacle brutale, où le divertissement dévore l’humanité.
Le long-métrage se distingue également par une action fluide et viscérale, filmée caméra au poing, collée au personnage principal, et appuyée par une mise en scène rythmée signature de Wright. Le montage effréné, les drones de surveillance, la musique pulsée et l’omniprésence de l’image filmée recréent une tension constante, fidèle au compte à rebours oppressant du roman original.
Une satire spectaculaire mais clivante
Malgré ses ambitions, Running Man ne fait pas l’unanimité. Pour France Télévisions, qui souligne la prestation solide mais attendue de Glen Powell, le film enchaîne les séquences de course et d’évasion avec une efficacité mécanique qui lasse sur la durée. Certaines trouvailles scénographiques, comme la serviette salvatrice lors d’un combat ou les clins d’œil au Running Man de 1987 (jusqu’aux billets à l’effigie de Schwarzenegger), peinent à masquer une intrigue jugée convenue et un propos parfois trop appuyé.
Cependant, le film offre aussi de vrais moments de tension et de dérision. Les seconds rôles – Josh Brolin en producteur cynique, Colman Domingo en animateur sans morale – sont particulièrement remarqués et confèrent à l’univers une dimension satirique mordante. Le personnage de Michael Cera, jeune insurgé tiraillé entre lucidité politique et amour filial, ajoute une touche inattendue d’émotion.
Enfin, Edgar Wright prend le pari d’une conclusion optimiste, plus lumineuse que celle du livre. Un choix risqué, qui adoucit la violence du propos initial, mais ancre aussi le film dans une logique de révolte collective : Ben Richards ne fuit plus seulement, il incarne la résistance d’un peuple étouffé par l’illusion médiatique.
Malgré ses limites, Running Man réussit son principal pari : transformer une dystopie datée en une œuvre de science-fiction nerveuse, ancrée dans les peurs d’aujourd’hui. Une adaptation engagée, certes imparfaite, mais terriblement actuelle.