Le Salon du livre jeunesse ouvre à Montreuil alors que la lecture recule chez les jeunes
Le Salon du livre jeunesse ouvre à Montreuil alors que la lecture recule chez les jeunes

Le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil lance sa 41e édition dans un contexte paradoxal : jamais l’offre n’a été aussi riche, mais les jeunes lisent de moins en moins. Tandis que ventes et revenus du secteur fléchissent, éditeurs, auteurs et institutions espèrent redonner envie de lire à une génération happée par les écrans.

Un rendez-vous majeur pour un secteur en tension

Selon le Syndicat national de l’édition (SNE), les segments de l’éveil, de la petite enfance et du documentaire sont en net repli, notamment en raison de la hausse des coûts de fabrication et de la concurrence numérique. La fiction jeunesse reste plus stable, mais dans un marché marqué par la « best-sellerisation » et l’influence accrue des adaptations audiovisuelles, comme l’a expliqué Cécile Térouanne, présidente du groupe jeunesse du SNE, dans un point sectoriel relayé par France Télévisions.

Malgré ces difficultés, la littérature jeunesse demeure un pilier de l’édition : plus de 370 millions d’euros de chiffre d’affaires et 76,5 millions d’exemplaires vendus en 2024. Elle représente 13,4 % du marché du livre, un poids confirmé par l’importance internationale du secteur. Le SNE rappelle que, l’an dernier, plus de 2 600 titres jeunesse ont été cédés à l’étranger — soit 23,8 % de l’ensemble des cessions — et que les coéditions internationales, très présentes dans l’album illustré, ont représenté 83 % du volume total de coéditions.

Cette dimension mondiale se retrouve à Montreuil, où 2 000 auteurs et 400 maisons d’édition se réunissent. Selon l’organisation du salon citée par France Télévisions, des éditeurs africains, des invités sud-coréens et plusieurs structures étrangères participeront, confirmant le statut du SLPJ comme plateforme internationale. Le salon, gratuit pour la deuxième année consécutive, avait attiré près de 198 000 visiteurs en 2024. L’opération se poursuit pour toucher des familles souvent éloignées des lieux culturels, avec notamment la distribution de 1 500 Chèques Lire par les partenaires du SLPJ.

Face à la baisse de lecture, un secteur mobilisé et des États généraux attendus

Les chiffres publiés par le Centre national du livre (CNL) en 2024 sont alarmants : les jeunes de 7 à 19 ans lisent en moyenne 19 minutes par jour, contre 3 h 11 passées sur les écrans. Pour Régine Hatchondo, présidente du CNL, citée par France Télévisions, « la lecture est une affaire de santé publique », essentielle au développement de l’imagination, du langage ou de la concentration. Les éditeurs partagent cette inquiétude, Cécile Térouanne rappelant récemment que le livre jeunesse demeure « le lien le plus sûr de transmission de la culture ».

Le salon accueillera le 1er décembre les conclusions des États généraux de la lecture pour la jeunesse, pilotés par les ministères de la Culture et de l’Éducation nationale, lancés selon les autorités publiques pour replacer la lecture au cœur des pratiques culturelles des jeunes.

Sur le terrain, les professionnels redoublent d’efforts pour s’adresser à tous les publics, comme l’explique Nathalie Donikian, directrice littéraire du salon, dans une interview accordée à France 3 Île-de-France. Elle souligne la diversité des genres — des albums aux mangas en passant par la romance jeunesse — et rappelle que ces lectures, parfois dépréciées, sont aussi des portes d’entrée utiles vers d’autres pratiques culturelles.

Le salon met également en avant une littérature connectée aux préoccupations des jeunes : violences faites aux enfants, harcèlement scolaire, santé mentale… Selon Nathalie Donikian, de plus en plus d’auteurs s’emparent de ces sujets pour proposer « une littérature qui pense, et qui panse ». Un engagement qui rejoint l’ambition historique du SLPJ : accompagner les jeunes lecteurs dans un monde complexe, tout en leur donnant le goût durable des livres.

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