“L’Agent secret” - un thriller politique puissant sur fond de dictature brésilienne
“L’Agent secret” - un thriller politique puissant sur fond de dictature brésilienne

Récompensé au Festival de Cannes 2025, L’Agent secret, en salles à partir du 17 décembre, mêle suspense, mémoire et engagement politique. Réalisé par Kleber Mendonça Filho, le film s’inscrit dans l’histoire trouble du Brésil de 1977, sous régime militaire, et marque le retour très attendu de Wagner Moura dans un rôle marquant.

Un Brésil sous tension, capturé dans une fresque cinématographique audacieuse

C’est à Recife, en pleine semaine de carnaval, que débute L’Agent secret. Marcelo, ancien professeur veuf, retourne dans sa ville natale pour tenter de retrouver son fils, élevé loin de lui. Mais son arrivée ne passe pas inaperçue, et très vite, une menace sourde s’installe. La dictature, jamais montrée de manière frontale, pèse sur chaque geste, chaque silence, chaque regard échangé.

Le long-métrage se distingue par sa manière de faire cohabiter plusieurs registres : drame intime, polar paranoïaque, satire sociale et chronique historique. Le réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho, déjà remarqué pour Bacurau (Prix du jury à Cannes en 2019), inscrit ce récit dans une époque qu’il connaît bien : celle de son enfance. Il explique avoir voulu retranscrire l’ambiance étouffante de la fin des années 1970 au Brésil, marquées par la peur, l’autocensure et les violences d’État. La mise en scène, en format large Panavision, accentue cette sensation d’isolement et de tension constante.

Une œuvre traversée par la mémoire, portée par Wagner Moura

Écrit spécialement pour Wagner Moura, l’acteur brésilien internationalement reconnu depuis la série Narcos, le rôle de Marcelo est celui d’un homme ordinaire pris dans les mailles d’un pouvoir qui l’écrase. Son interprétation, saluée par le Prix d’interprétation masculine à Cannes, insuffle au film une intensité rare. Moura incarne un héros sans illusion, dont la résistance est faite de fidélité à ses valeurs plus que d’héroïsme spectaculaire.

Pour Mendonça Filho, la dictature est un fantôme qui traverse les corps et les souvenirs. Il confie que l’idée du film est née de scènes marquantes de son enfance : une liste annuelle de morts publiée dans les journaux après le carnaval, ou encore un cadavre abandonné plusieurs jours dans la rue, faute d’intervention policière. Ces détails deviennent des motifs cinématographiques qui nourrissent le récit sans jamais le surcharger.

L’Agent secret est aussi un hommage au cinéma lui-même. Il cite Jean-Paul Belmondo, Les Dents de la mer, ou encore Queen comme sources d’inspiration. L’intrigue s’amuse à mélanger les genres, avec une touche de réalisme magique et un ton tantôt grave, tantôt presque burlesque. Pour Mendonça Filho, cette approche permet de mieux raconter une histoire où l’intime et le politique s’enchevêtrent.

Profondément ancré dans le contexte brésilien, le film trouve pourtant une résonance universelle. “Quand les valeurs dominantes sont perverties, rester fidèle à soi-même devient un acte de résistance”, affirme Wagner Moura dans un entretien accordé à France Télévisions. Avec ce nouveau long-métrage, Kleber Mendonça Filho signe une œuvre dense et vibrante, où chaque plan réveille un pan d’histoire trop souvent oublié.

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