La disparition de Biyouna, morte mardi 25 novembre à l’âge de 73 ans à l’hôpital Beni Messous d’Alger des suites d’un cancer du poumon, a déclenché une vague d’émotion en Algérie. Annoncée par la télévision publique, cette nouvelle a immédiatement dépassé le simple hommage à une artiste : elle soulève aussi la question de l’avenir d’un paysage culturel national fragilisé.
Une artiste totale, du feuilleton culte aux rôles audacieux
Née à Belouizdad en 1952, Biyouna — de son vrai nom Baya Bouzar — entre très tôt dans le patrimoine affectif algérien grâce à Al‑Hariq (L’Incendie), série diffusée en 1973. Cette notoriété nationale fait d’elle l’un des visages les plus familiers du petit écran. Dès les années 2000, son parcours prend une nouvelle ampleur grâce au réalisateur franco‑algérien Nadir Moknèche. C’est lui qui lui permet d’accéder à « une autre vérité d’actrice », plus nuancée, notamment dans Viva Laldjérie, Le Harem de Madame Osmane ou Délice Paloma.
En France, elle multiplie ensuite les apparitions dans des comédies populaires comme Les 3 frères, Neuilly sa mère, sa mère ou Le Flic de Belleville. Malgré cette carrière des deux côtés de la Méditerranée, elle reste profondément attachée à l’Algérie, où elle choisit de vivre même durant la décennie noire.
Une disparition qui révèle les failles d’un système culturel étouffé
Les hommages officiels ont afflué dès l’annonce de sa mort. Le président Abdelmadjid Tebboune a salué « une grande figure artistique du pays », tandis que la ministre de la Culture, Malika Bendouda, a rendu hommage à une femme qui « incarnait la symbolique de la femme algérienne », selon les propos relayés par Le Figaro. Mais au sein du milieu culturel, ces déclarations ne suffisent pas à effacer un sentiment amer.
Le militant Abdelkader Affak, dans un texte largement partagé sur Facebook, exprime une critique sévère : selon lui, la disparition de Biyouna est « l’aboutissement logique d’un système qui consume ses artistes comme un combustible bon marché », bien plus qu’une simple fatalité médicale. Il décrit une industrie culturelle qui exhibe ses talents sur les scènes internationales mais les laisse, dans la réalité, démunis et isolés.
D’autres voix se joignent à cette analyse, comme celle du producteur Boualem Ziani, pour qui « sans liberté ni financement, le cinéma algérien ne pourra plus produire une autre Biyouna », remarque rapportée par Le Figaro. Un scénariste interrogé par le même journal souligne que des films tournés dans les années 1970 ou 1980 seraient aujourd’hui impossibles à réaliser, les contraintes idéologiques actuelles exposant les artistes à des poursuites.
La mort de Biyouna, au‑delà de la tristesse qu’elle provoque, agit ainsi comme un miroir tendu à un secteur culturel en crise. Son absence laisse un vide artistique, mais aussi un vide symbolique : celui d’un pays qui peine à offrir à ses créateurs la liberté et les moyens nécessaires pour faire émerger de nouvelles figures aussi fortes qu’elle.