Avec son nouveau film Jean Valjean, Éric Besnard s’éloigne des adaptations classiques de Les Misérables pour concentrer son regard sur les origines du célèbre personnage de Victor Hugo. Actuellement en salles, ce drame intime porté par Grégory Gadebois s’attache aux premiers pas de la rédemption de l’ex-bagnard, offrant une relecture esthétique et philosophique d’un mythe littéraire français.
Aux origines de Valjean : entre misère et lumière
C’est sur les deux premiers livres du roman de Victor Hugo qu’Éric Besnard a choisi de bâtir son film, centré sur le moment-charnière où Valjean, tout juste libéré du bagne, croise la route de l’évêque Myriel. Dans cette période sombre et fondatrice, Jean Valjean interroge la possibilité d’un renouveau moral après l’humiliation et l’exclusion. Le cinéaste revendique une fidélité à l’esprit de l’auteur, allant jusqu’à réécrire 70 % du scénario en imitant le style hugolien, comme il l’a déclaré sur l’antenne de Radio France Orléans.
Dans une France de 1815 rongée par les inégalités, le film suit Jean Valjean (Grégory Gadebois) dans son errance après sa sortie de détention. Rejeté par la société, il trouve in extremis refuge chez l’évêque de Digne, Monseigneur Bienvenu (Bernard Campan), sa sœur Baptistine (Isabelle Carré) et leur servante (Alexandra Lamy). Ce moment suspendu, nourri d’humanité, précipite chez Valjean un bouleversement intérieur qui l’amènera à choisir s’il veut rester un homme plein de rage ou devenir un homme meilleur. Un thème que le réalisateur développe à travers une mise en scène épurée et symbolique, appuyée par la photographie de Laurent Dailland et la musique de Christophe Julien.
Une relecture stylisée, à mi-chemin entre réalisme et conte moral
La proposition d’Éric Besnard repose sur une approche volontairement esthétique et introspective. Entre plans en clair-obscur, mouvements de caméra circulaires autour de son personnage principal, ruptures spatio-temporelles et décors aux allures presque théâtrales, le film s’éloigne du réalisme naturaliste pour se rapprocher d’un récit de conscience. Besnard, connu pour Délicieux ou Louise Violet, poursuit ici sa réflexion sur la dignité et la transmission des valeurs humaines.
Grégory Gadebois, qui retrouve le réalisateur pour la quatrième fois, incarne un Valjean massif, taiseux, presque animal, que la caméra dévoile progressivement. Pour endosser le rôle, l’acteur a perdu plus de 30 kilos, donnant à son interprétation une physicalité pesante et fragile à la fois. Face à lui, Bernard Campan, en évêque bienveillant, propose une vision humaniste du pouvoir de la compassion. À travers leur confrontation, le film met en scène une idée centrale chez Victor Hugo : « Tout homme est un médecin pour l’homme. »
En s’arrêtant sur cette rencontre fondatrice, Besnard évite le piège de la fresque exhaustive et choisit le prisme de l’intimité pour revisiter un monument de la littérature française. Sans chercher à concurrencer les adaptations célèbres de Gabin ou Ventura, Jean Valjean s’impose comme une méditation cinématographique sur la possibilité de la rédemption et la force du regard porté sur l’autre. Une lecture resserrée, mais habitée, d’un classique inépuisable.