C’était un 3 décembre : La révélation de l’épopée de Gilgamesh
C’était un 3 décembre : La révélation de l’épopée de Gilgamesh

Le 3 décembre 1872, un jeune autodidacte du British Museum, George Smith, stupéfie les membres de la Société d’Archéologie Biblique de Londres. Devant un auditoire pétrifié, il annonce qu’il a déchiffré sur des tablettes mésopotamiennes un récit du Déluge… bien plus ancien que celui de la Bible. En un instant, l’humanité découvre que l’une de ses plus vieilles histoires — l’épopée de Gilgamesh — remonte à plusieurs millénaires avant notre ère et bouleverse les certitudes religieuses et historiques du XIXᵉ siècle.

Un autodidacte face aux plus anciens textes de l’humanité

Né simple graveur, George Smith se passionne très tôt pour les signes cunéiformes, cette écriture inventée en Mésopotamie à la fin du IVᵉ millénaire av. J.-C. Au British Museum, il consacre des années à reconstituer des fragments provenant des ruines de l’ancienne Ninive. Ce 3 décembre, il présente enfin la traduction cohérente d’une série de tablettes du XIIIᵉ siècle av. J.-C., appartenant à une œuvre monumentale : l’épopée de Gilgamesh, vaste poème de trois mille vers relatant les exploits d’un roi d’Uruk parti en quête d’immortalité.

Ces récits plongent leurs racines bien plus profondément dans le temps. Gilgamesh lui-même aurait régné vers 2600 av. J.-C., à l’époque des premières cités de Mésopotamie. Héros tyrannique devenu sage, entouré de dieux capricieux, d’amitiés indéfectibles et de monstres terrifiants, il incarne l’un des tout premiers personnages littéraires de l’histoire.

Une épopée antique dominée par l’amitié, la mort… et un Déluge universel

La découverte de Smith révèle aussi l’un des passages les plus célèbres de l’épopée : le récit du Déluge, contenu sur la onzième tablette et transmis par Utanapishtim, un survivant choisi par les dieux. Prévenu d’une catastrophe destinée à anéantir l’humanité, il reçoit l’ordre de construire une embarcation, d’y embarquer ses proches et des animaux, et de se préparer à un déchaînement de tempêtes durant six jours et sept nuits.

Les ressemblances avec l’épisode biblique de Noé sidèrent immédiatement l’assemblée : comme Noé, Utanapishtim lâche une colombe à la recherche d’une terre émergée et finit par accoster sur une montagne.

La découverte confirme que ce mythe circulait en Mésopotamie bien avant la mise par écrit des textes hébraïques.

Au-delà du Déluge, l’épopée déroule une méditation profonde sur la condition humaine. Gilgamesh, roi tout-puissant mais incapable de sauver son ami Enkidu, découvre que ni la force, ni la gloire, ni les exploits ne peuvent triompher de la mort. Le voyage initiatique qui s’ensuit le ramène finalement à Uruk, plus sage, conscient que seule la trace laissée dans la mémoire des hommes peut défier le temps.

La révélation du 3 décembre 1872 marqua le début de la redécouverte de l’une des plus anciennes œuvres littéraires du monde et ouvrit une ère nouvelle pour l’étude des civilisations du Proche-Orient ancien. Depuis lors, l’épopée de Gilgamesh demeure l’un des grands monuments fondateurs de l’humanité, témoin d’une quête universelle : comprendre ce que signifie être mortel.

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