Le 24 décembre 1894, un simple coup de téléphone bouleverse durablement l’histoire de l’art. À Paris, la comédienne Sarah Bernhardt appelle en urgence son imprimeur : elle a besoin d’affiches pour annoncer son nouveau spectacle, Gismonda. En cette veille de Noël, les illustrateurs habituels sont absents. Un seul artiste se trouve encore dans l’atelier, corrigeant des épreuves presque par hasard : Alfons Mucha, jeune peintre tchèque encore peu connu du grand public.
Une affiche née de l’urgence
Installé à Paris depuis quelques années, Alfons Mucha vit alors de travaux modestes d’illustration. Sollicité dans l’urgence, il accepte le défi et conçoit en quelques jours une affiche radicalement différente de tout ce qui se fait alors. Longiligne, élégante, entourée d’arabesques florales et de motifs inspirés de la nature, l’image met en scène Sarah Bernhardt dans une pose hiératique, presque sacrée. Dès le 1er janvier 1895, les affiches envahissent les murs de Paris. Le succès est immédiat : le public est fasciné, au point que certains amateurs découpent les affiches pendant la nuit pour les conserver. Sarah Bernhardt, enthousiasmée, signe aussitôt un contrat d’exclusivité de six ans avec l’artiste.
La naissance d’un style emblématique de la Belle Époque
Avec cette affiche, Alfons Mucha ne se contente pas de lancer sa carrière : il impose un langage visuel entièrement nouveau. Lignes courbes, harmonie décorative, exaltation de la féminité et inspiration végétale deviennent les fondements de ce que l’on appellera bientôt l’Art nouveau. Ce style, optimiste et raffiné, reflète l’esprit de la Belle Époque, une Europe confiante dans le progrès et avide de beauté. En quelques années, Mucha devient l’un des artistes les plus influents de son temps, et son esthétique s’étend bien au-delà de l’affiche, touchant l’architecture, les arts décoratifs et le mobilier. Ce 24 décembre 1894 marque ainsi l’un des actes fondateurs de l’Art nouveau en peinture, né presque par hasard, dans l’urgence d’une veille de Noël parisienne.