Le 17 novembre 1714, sur la rive droite du Nil, à près de deux cents kilomètres au sud du Caire, un jésuite français, le père Claude Sicard, remarque une pierre gravée d’un disque solaire dont chaque rayon se termine par une main. Sans le savoir, il vient de révéler au monde les vestiges d’une cité oubliée depuis plus de trois millénaires : Akhetaton, « l’Horizon d’Aton », capitale du pharaon Akhenaton, connue aujourd’hui sous le nom arabe d’El Amarna. Cette découverte, d’abord isolée, marque le point de départ d’un siècle d’explorations qui permettront de redonner vie à l’une des plus fascinantes expériences religieuses et artistiques de l’Égypte ancienne.
La cité du Soleil : Akhetaton, capitale d’un culte nouveau
Fondée vers 1350 avant notre ère par le pharaon Amenhotep IV, bientôt rebaptisé Akhenaton, la ville d’Akhetaton fut conçue pour incarner la révolution spirituelle du souverain. En rupture avec le culte traditionnel des dieux multiples, Akhenaton impose l’adoration exclusive d’Aton, le disque solaire. Pour consacrer ce nouveau culte, il choisit un site désertique entre Thèbes et Memphis, « vierge de tout dieu », selon ses propres mots gravés sur les stèles frontières entourant la cité.
La capitale s’étendait sur une quinzaine de kilomètres le long du Nil et abritait, à son apogée, près de vingt mille habitants. Elle comptait des temples à ciel ouvert dédiés à Aton, plusieurs palais royaux, des quartiers d’artisans et de scribes, ainsi qu’un vaste secteur résidentiel réservé aux hauts dignitaires. C’est dans l’atelier du sculpteur Thoutmès, découvert en 1912, que fut mis au jour le célèbre buste de Néfertiti, symbole de la grâce et du raffinement artistique du règne d’Akhenaton.
Pourtant, la gloire d’Akhetaton sera éphémère. Après la mort du pharaon, son fils Toutânkhamon abandonne la ville et rétablit les anciens cultes à Thèbes. La cité du Soleil est livrée au sable et à l’oubli pendant plus de trois mille ans.
Des stèles au renouveau de l’égyptologie
Lorsque le père Sicard consigne sa découverte en 1714, il ne soupçonne pas qu’il vient d’ouvrir une page nouvelle de l’histoire pharaonique. Ce n’est qu’un siècle plus tard, au XIXᵉ siècle, que les savants européens – voyageurs, orientalistes et archéologues – reviennent sur les lieux. Les stèles frontières d’Akhenaton, seize au total, sont progressivement identifiées et étudiées : elles révèlent les fondements du culte d’Aton, la délimitation sacrée du territoire et la vision mystique d’un souverain en quête d’absolu.
En 1798, les savants de l’expédition d’Égypte de Bonaparte cartographient le site dans la Description de l’Égypte, confirmant son importance. Puis, au XIXᵉ siècle, les grandes missions archéologiques de Lepsius, Petrie et Daressy dégagent les vestiges des temples et traduisent les inscriptions hiéroglyphiques. En 1887, la découverte des tablettes d’Amarna – une correspondance diplomatique en akkadien – éclaire les relations du royaume égyptien avec les puissances du Proche-Orient.
El Amarna devient alors un lieu emblématique de l’égyptologie moderne : le seul site antique qui nous offre une vision complète d’une capitale pharaonique, de son urbanisme à sa vie quotidienne.