À deux mois de son ouverture théorique, le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême semble se diriger vers une mise à l’arrêt inévitable. Selon un courriel révélé par Le Monde, la société 9e Art+, organisatrice depuis 2007, a annoncé à plusieurs partenaires qu’elle interrompait la préparation de l’édition prévue du 29 janvier au 1er février 2026. Même si le mot « annulation » n’apparaît pas officiellement, le message laisse peu de place au doute et confirme une situation déjà très tendue depuis le début de l’automne.
Un mail qui acte une paralysie
Dans ce message interne, la directrice du protocole de 9e Art+ indique que la production de l’édition 2026 est « mise à l’arrêt ». Une partie du secteur a confirmé avoir reçu ce courrier, même si l’organisation rejette pour l’instant l’idée d’une décision formelle. Cette communication reste néanmoins la première reconnaissance par l’opérateur d’un renoncement possible, alors que les signaux d’alerte se multiplient depuis plusieurs semaines.
Une pression croissante des auteurs et des financeurs
Le festival traverse une crise sans précédent. De nombreux auteurs et autrices, y compris des lauréats prestigieux comme Anouk Ricard, appellent au boycott. Les critiques visent la gestion de 9e Art+, accusée d’opacité financière, de dérives commerciales et d’avoir licencié en 2024 une salariée qui venait de porter plainte pour un viol lié au contexte du festival. En parallèle, les financeurs publics, qui couvrent environ la moitié d’un budget avoisinant les six millions d’euros, ont demandé un report ou une annulation de l’édition à venir, jugeant impossible de maintenir l’événement dans des conditions sereines.
Une gouvernance fragilisée
Les mises en retrait successives du patron de 9e Art+, Franck Bondoux, et d’une responsable du festival, Delphine Groux, n’ont pas suffi à apaiser la fronde. Les propositions de réorganisation portées par les pouvoirs publics n’ont pas davantage permis de rétablir la confiance. À Angoulême, le maire s’est lui-même montré dubitatif, estimant dès le 20 novembre qu’il serait extrêmement complexe d’assurer le maintien de l’édition 2026 dans ces circonstances.
Un enjeu culturel national
Malgré la tempête, le ministère de la Culture continue de défendre l’idée d’un maintien, conscient de l’importance symbolique et économique de ce rendez-vous international de la bande dessinée. Reste que l’annonce d’une mise à l’arrêt concrète fragilise encore davantage un festival déjà vacillant. À moins d’un retournement de situation rapide et improbable, l’édition 2026 pourrait devenir la première à disparaître du calendrier depuis la création de l’événement en 1974.